C’est pas bientôt fini ce caprice ?: les calmer sans s’énerver

Il n'y a pas d'enfance sans caprices. Mais les parents, eux, s'en passeraient bien ! Et pourtant, ils sont indispensables et constituent une étape dans le développement de l'enfant. Ce livre fait le point sur tout ce qu'il faut savoir pour calmer les caprices et les colères. Il répond à toutes les interrogations sur ce sujet... très bruyant ! A quoi servent les caprices ? Pourquoi sont-ils si éprouvants ? Comment distinguer une colère d'un gros chagrin ? Comment réagir aux caprices en public ? Quelles sont les attitudes à éviter ? Comment dompter un caprice ? Quels sont les caprices auxquels on n'échappera pas ? Comment anticiper les crises ?...
Autor Brunet |  C. |  Benlakhel |  N. |  Brunet |  C. |  Benlakhel |  N. |  Maria Montessori

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C ’est la vie aussi CHRISTINE BRUNET NADIA BENLAKHEL

C’est pas bientôt fini ceÆanrice ?

■ Albin Michel

C ’e st p a s b ie n tô t fini c e c a p r ic e ?

« C 'e st la vie aussi» Collection dirigée par Bernadette Costa-Prades

© Éditions Albin Michel, 2005

C hristine Brunet N a d ia Benlakhel

C’est pas bientôt fini ce caprice ? Les calmer sans s'énerver

A lb in M ich e l

Introduction Énervé, déstabilisé, surpris, excédé, indifférent, culpabi­ lisé, gêné, honteux... La gam m e d e sentiments q ue l'on peut ressentir fa ce au cap rice d e son enfant est si éten­ d ue ! Il boude, hurle, pleure, se roule par terre, se d é b a t si vous tentez d e le maîtriser, il va parfois jusq u 'à mordre ou donner des cou p s d e pied. Aveuglé par sa colère, ii sem ble ne plus être q u 'u n feu d'artifice d e cris et d'agressivité. Pourtant, c e «chaos» d'ém otions brutes dont vous feriez bien l'é con om ie est indispensable à l'éveil d e sa personnalité. Aucun enfant ne ressemble à un autre. D e même, au cu n cap rice n 'e st identique à un autre. Vous pensez parfois q u e votre enfant «rejoue» la colère d 'hier ou celle d 'il y a trois m ois? M ais le contexte a changé. Il évolue, com m e les élém ents d 'u n d écor mouvant. Vous n 'êtes pas la m êm e mère ou femme, le m êm e père ou homme, le m êm e couple, selon les m om ents d e votre vie. Et le cap rice d e votre enfant est toujours unique. Pour y faire fa ce dans le res­ p ect d e sa personne, il est im portant d e com prendre les étapes qu'il traverse pendant sa petite enfance, les m écanism es d e sa logique et les interactions d e votre 7

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histoire familiale et affective sur vos propres com porte­ ments. Vous éviterez ainsi d e vous enliser dans une spi­ rale d e réactions inefficaces à calm er le jeu. Mieux encore : en recherchant à «dom pter» ses cap rices sans en étouffer l'expression, vous enrichirez votre relation a v e c votre enfant d 'u n e com plicité et d 'u n e confiance réciproques qui lui seront extrêm em ent précieuses tout au long d e sa vie.

Une m auvaise réputation Souvent bruyants, déconcertants et exaspérants, les caprices sont loin d'être une sinécure pour les parents. Leur «désastreuse» réputation ne date p a s d'hier. M a is attention: un caprice avance parfois m asqué...

SI Des manifestations explosives La journée avait pourtant bien com m encé. C e matin, lorsque vous l'ave z dép osé à la maternelle, il était d e bonne humeur. Il vous a fait un gros câlin et vous étiez fîère d e c e charm ant petit bonhom m e qui vous souriait. M ais c e soir, alors que vous alliez passer à table, il s'est mis à hurler et à taper frénétiquem ent des pieds parce que vous lui avez refusé un bonbon et qu'il ne supporte p as que son désir ne soit pas satisfait im m édiatem ent...

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Les parents se passeraient bien d'affronter ces scènes pénibles et bruyantes qui ont l'incroyable pouvoir d e les plonger au bord d e la crise d e nerfs. «Insupportable», «mal élevé», «pourri», «gâté», l'enfant capricieux n 'a pas bonne réputation. Tout se passe com m e s'il voulait imposer sa volonté, d e manière soudaine et imprévisible, com m e s'il avait m om entaném ent perdu le sens d e la mesure et d e la raison. Déconcertant, le cap rice arrive souvent par surprise, sans crier gare. D'ailleurs, le mot provient d e l'italien, indirectement d e câpre, c'està-dire «chèvre», dont le saut est toujours Inattendu... Parfois im pressionnantes par leur violence, ces manifes­ tations ont d e quoi déstabiliser les parents. Car, outre les cris et les pleurs, les caprices peuvent s'a c c o m p a g n e r d e coups, d e plaintes et d'injures. C om m e prisonniers d 'u n e fureur aveugle, certains enfants vont jusq u 'à frapper, mordre, griffer leur parent, jeter des objets, ca s­ ser le cam ion d e leur frère, voire carrém ent «m archer» sur leur petite sœ ur! Toutefois, l'enfant qui fait un cap rice ne s'exprim e pas toujours en faisant une grosse colère. Certains ne font pas d e «bruit»: ils se contentent d e bouder. Ils savent alors très bien faire ressentir à leur parent leur dépit et leur m auvaise humeur. C e s bouderies mettent tout autant à l'épreuve le sang-froid des parents q u 'u n e grosse colère.

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B eaucoup plus rarement, un enfant peut avoir une réaction très spectaculaire, ap p e lé e «spasm e d u san­ glot». Sous l'effet d e la colère, l'enfant s'étouffe, devient bleu ou très pâle et peut m êm e perdre connaissance un Instant. Il s'e m p ê ch e d e respirer m ais ne maîtrise pas c e qui lui arrive. D ans l'im m ense majorité des cas, cette crise s'arrête d'elle-m êm e d ès que l'enfant a retrouvé son calm e et sa sécurité Intérieure.

S Dresser pour éduquer Rien d 'é ton n a n t à c e q u e le cap rice ait été longtem ps considéré com m e une m auvaise graine qu'il fallait coûte q ue coûte em pêcher d e germer. Synonym e d e désobéissance et d'irrespect, il mettait en d anger l'autorité m êm e d es parents. Au xix® siècle et jusque dans les années 1960, élever un enfant consiste à lui faire la m orale et à le «dresser». La répression se pratique en toute bonne fol, «pour le bien» d e l'enfant. O n était alors convaincu qu'il devait être éduqué pour devenir un Individu fort qui ne m ontre p as ses émotions. Les punitions destinées à mater les cap rices étaient souvent humiliantes et faisaient la part belle aux châti­ ments corporels : fessée, coup s d e fouet ou d e martinet. n

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O n prêchait le m ensonge pour obtenir la vérité et on tentait d e prendre l'enfant au piège : «Tu mens, je le vois, à ton nez qui s'allonge.» Cette éducation où l'autoritarism e faisait loi dévelop­ pait la crainte d e l'enfant pour le parent au détriment d e la valeur, aujourd'hui reconnue bénéfique, des caresses et des câlins. Se laisser aller à être affectueux pouvait m êm e être considéré com m e une faiblesse parentale... L'adulte avait tout pouvoir et raison sur tout. L'enfant avait des devoirs et aucun droit. Pas question d e parler à table, d 'a vo ir d es désirs, encore moins de les imposer. Certes, a v e c d e telles m éthodes, les cap rices étaient en général éradiqués, m êm e chez les plus rebelles. M ais à quel prix? L'enfant, soumis à la volonté d e ses parents et parfois humilié, refoulait ses pulsions et ses émotions.

1 Des avancées mal interprétées Fort heureusement, le statut d e l'enfant a ch an gé : celuici a acquis le droit d'exprim er ses émotions et ses désirs. Cette évolution s'est faite grâce à une meilleure con­ naissance d e la psychologie de l'enfant. Elle s'est aussi nourrie d e l'étude des relations précoces mère/enfant,

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inspirée des recherches sur les relations d 'a tta c h e ­ m ent chez les anim aux. Aujourd'hui, on ne cesse d e découvrir les nouvelles com p éten ce s du nouveau-né et d e s'e n émerveiller. Le b é b é sait faire tant d e choses ! Il est ca p a b le , entre autres, d e distinguer les sons, d e reconnaître la voix et l'o d e u r d e sa mère. Désormais, on ne conteste plus q u e l'enfant soit une personne a v e c des droits et m êm e une sexualité. Il n 'a plus à obéir «au doigt et à l'oeil», à tout apprendre d e ses parents. Il est acteur d a n s la relation unique qui le lie à eux. C 'e st m êm e lui qui crée ses parents, en sus­ citant et en répondant à leurs é changes. Dès sa nais­ sance, il est un individu, potentiellem ent riche, ap te à s'adapter, guidé par le geste, la parole et le regard ch a rgé d e tendresse d e son parent. M ais au fur et à m esure d e leur vulgarisation auprès du grand public, ces nouvelles connaissances ont par­ fois été mal interprétées. Après 68, en réaction à un fort autoritarisme, on est passé d 'u n excès à un autre: il était devenu «interdit d'interdire». O n a confondu la satisfaction d es besoins d e l'enfant, indispensable, a v e c celle d e ses désirs. Sous prétexte d e ne p as le traumatiser, il fallait tout lui permettre. L'enfant pouvait n 'e n faire q u 'à sa tête puisqu'il avait des droits, voire tous les droits! L'enfant-roi n 'a va it plus q u 'à régner... 13

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D e même, aujourd'hui, à trop valoriser sa singularité, on a peut-être perdu d e vue l'essentiel du m essage trans­ mis par les professionnels d e l'enfance. L'enfant est, certes, une personne, m ais une petite personne qui n 'e st p as l'é g a le d e l'adulte, encore moins un petit chef d e famille. Il a d es droits, bien sûr, mais aussi des devoirs, com m e celui d 'a c c e p te r et d e faire siennes les règles édictées par ses parents ou la société, et d e respecter les interdits qui lui sont posés.

U Vrais ou faux caprices? Aujourd'hui encore, les préjugés sur les cap rices ont la vie dure. Leurs prém ices sont guettées et évoquées com m e un m auvais pli qu'il ne faudrait surtout p a s lais­ ser s'installer. «Attention à ne p as trop le gâter», m et en gard e la grand-m ère. «Ne le prends p as trop d ans tes bras, il va devenir capricieux», dit-on à la jeune m am an au retour d e la maternité. L'enfant à peine né, son entourage s'inquiète déjà q ue son désir ne gouverne la m aisonnée. Il p le ure ? Il s'a gite et s'im p atie n te ? C 'e st sans a u cu n d oute q u 'il co m m e n ce à faire des caprices... Pourtant, avan t 1 an, c 'e st une affirmation totalem ent infondée. Bien sûr, il n 'e st p as toujours facile 14

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d e d é co d e r les m essages émis par son b éb é et un parent peut alors naturellement penser qu'il fait ses pre­ mières scènes. D ans les premiers mois d e sa vie, un b éb é fait corps a v e c sa mère. Il a besoin d 'ê tre apaisé, calm é, sécurisé, porté, bercé. Le toucher, le contact, le «coeur à coeur» sont essentiels pour son équilibre. Plus tard, entre 8 et 12 mois, les parents ont à nouveau des doutes: leur enfant, jusqu'alors souriant et sociable, gémit, éclate en sanglots dès q ue sa mère est sur le point d e partir. Il refuse d'aller dans d'autres bras, se réfugie dans ceux d e sa m am an ou détourne la tête à la vue d 'u n étranger. Serait-il entré dans la spirale infer­ nale des c a p ric e s? Là encore, les ap p are n ces sont trompeuses. De nom breux enfants vivent cette période que les spécialistes appellent I'« angoisse du huitième mois» ou encore angoisse d e séparation. Le b é b é se rend com pte des départs d e sa mère, mais il n'est pas encore sûr qu'elle reviendra. Il hurle lorsqu'elle s'éloigne parce qu'il craint d e la perdre. Peu à peu. Il com prendra que les personnes et les objets hors d e sa vue ne dispa­ raissent pas pour toujours. Tant que cette angoisse n'est p as dépassée par l'enfant, on ne peut pas parler d e caprice. C ela ne signifie p as pour autant que des limites et des interdits ne doivent p as être mis en p la ce après les tout premiers mois pour garantir sa sécurité.

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Rien de grave, docteur? Redouté avant m êm e qu'il ne s'exprim e, le ca p rice n 'e st toutefois p as une m aladie ou une tare. Bien au contraire. À doses non excessives, il est un signe d e bonne santé. Il est avant tout l'expression du d yna­ misme d e l'enfant et d e sa vitalité. Un bout d e chou sa g e com m e une im age, jam ais boudeur et toujours obéissant, n'aurait au cu ne ressem blance avec... un enfant! Un petit qui va bien a un com portem ent é gal à lui-même en dehors d e ses périodes d e caprices. Dans l'ensem ble, il conserve sa belle hum eur et son appétit d e découvertes. Il sait aussi être souriant et paisible à d 'autres m om ents d e la journée. M ais il est vrai q ue les parents confrontés à d e violentes crises ne savent parfois plus très bien com m ent réagir. L'inquiétude pointe alors le bout d e son nez: «M on enfant est-il b eau cou p trop capricieux?», «Q u'est-ce que cach en t ses scènes?», «Est-ce anorm al?». C 'e st sans doute le m om ent d e recueillir un maximum d'infor­ mations pour tenter d 'y voir plus clair et d e l'aider à s'e x­ primer. Il peut être intéressant d e discuter a v e c la nounou ou le personnel de la crèche pour connaître leurs impressions sur son com portem ent pendant la jour­ née. C ela perm et aussi d e relativiser ses caprices par

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rapport aux autres enfants. O n peut interroger la m aî­ tresse pour savoir com m ent ç a se passe à l'école si l'en­ fant est scolarisé. L'avis du pédiatre est égalem ent précieux. Il peut être Intéressant de questionner les mères d e ses copains pour savoir si elles ont noté des ch a n ge ­ ments dans son altitude lorsqu'il est invité chez elles, d e l'observer quand il joue au square. La plupart du temps, c e petit travail d 'e n qu ê te efface bien des angoisses. Mieux encore: Il perm et d e percevoir son enfant sous un jour différent et d e dédram atiser la situation. C ependant, si un ca p rice n 'e st p as p athologiq ue d 'em blée, il devient inquiétant s'il s'installe d a n s la durée et rend le quotidien insupportable et usant. Parents et enfants s'enferm ent alors d a n s un rapport d e force dont ils n'arrivent plus à sortir. L'enfant va parfois se renfrogner au point d e se replier sur luim êm e, refuser d e ‘ com m uniquer ou intérioriser ses pensées et son agressivité. Le petit «capricieux» peut aussi rendre la vie familiale im possible par des crises d e colère ou d e larm es incessantes plusieurs fois par jour. L'écoute proposée par des associations d e parents peut aider les parents à retrouver con fian ce en eux. Si c e n 'e st p as suffisant, il devient alors nécessaire d e consulter. Plus tôt sera traité le problèm e, plus il aura d e ch a n ce s d 'ê tre réglé facilem ent. 17

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L'essentiel f Associés aux cris et aux pleurs, les caprices n’ont jamais eu bonne presse. Au xix®siècle et jusqu’au milieu du XXe, pour en venir à bout, on préconisait une éduca­ tion fondée sur le dressage. ’i Les découvertes de la psychologie ont donné à l’en­ fant un statut de petite personne. M al interprétées, ces avancées ont transmis l’idée erronée que tout était dû à l’enfant. SS On ne peut p as parler de cap rice avant 1 an. Un b é bé a des besoins auxquels il faut absolum ent répondre. Vers 8 mois, il peut éprouver une angoisse particulière et se comporter en apparence com m e un enfant «capricieux». fS Un enfant qui fait des caprices exprime sa vitalité. Mais si le quotidien devient insupportable, il ne faut pas hésiter à consulter.

Des étapes Entre 2 et 6 ans, un enfant vit d es étapes essentielles de son développem ent. S a conquête de l'autonom ie, sa m aîtrise progressive du la n g a g e et son adaptation à l'école vont l'aider peu à peu à m ieux contrôler se s pulsions et se s désirs, souvent sources de caprices.

S Pas à pas vers l'autonomie =î> À moi, les découvertes !

S'il y a une période épuisante pour un parent, c 'e st bien celle des premiers p a s vers l'autonom ie. Pas facile d e d é co d e r la logique d e son enfant entre 2 et 3 ans. Il peut avoir des réactions et des attitudes qui vous paraissent tellement insolites, extrêmes ou contradic­ toires ! Il veut boire dans un verre puis c h a n g e d'avis, et réclam e une tasse... pour dem ander le contraire une minute après.

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À partir d e 18 mois et jusq u 'à 3 ans environ, les enfants passent leur tem ps à tester leur environnem ent et à dire «non !». Ils vont s'o p p o se r à leur père, à leur m ère ou à toute personne contrariant leurs projets. «Qu'arrive-t-il soudain à m on petit rebelle?», se dem ande-t-on, à la fois perplexe et a ga cé . Rien d e bien inquiétant: son com portem ent est avant tout la manifestation d e sa transformation progressive, d 'u n besoin vital d'explorer un environnem ent devenu plus large et excitant grâ ce à la m arche et au développem ent d e son habileté. D ans sa p hase d'exploration, il va tenter toute une série d 'exp ériences sans forcém ent les renouveler. S'il fait une découverte, il ne l'intègre p as pour autant définiti­ vement. Aujourd'hui, il se focalise sur son tee-shirt, le len­ dem ain sur ses chaussures. Il s'ap p roprie peu à peu des gestes nouveaux. Il exprime son dynam ism e et son insa­ tiable volonté d e découverte du m onde. =!> « N on » pour dire «oui»

Dès que l'enfant sait marcher, les interdits pleuvent: «Ne m onte p as sur cette chaise», «Arrête d e jouer a ve c l'in­ terrupteur», «Ne ram asse pas c e caillou»..., m ais l'intré­ pide se coue la tête et s'obstine. Il se braque parce qu'il ne veut p a s se sentir soumis à la décision d e son père, d e sa m ère ou d 'u n e tierce personne. Pour affirmer qui il

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D e s étapes d é s

est et se distinguer d e ses parents, il doit nécessairem ent passer par cette p hase d e confrontation vis-à-vis d'eux. Cette période d'opposition est plus subtile qu'elle ne parait. D 'a p rè s la psychanalyste Françoise Dolto, il faut com prendre «oui»... q u an d il dit «non»! Votre enfant s'o p p o se

pour m ieux s'a p p rop rie r c e

q u 'o n

lui

d em and e d e faire. C 'e st «non, parce q ue tu m e le dem andes», mais c 'e st «oui, parce que je veux bien le faire, moi tout seul». S'il renonce à son refus d 'o b é ir pour faire plaisir à ses parents, il m et un frein à son élan d 'a p ­ prenti autonom e et de «grand» en devenir. Cette phase incontournable d e conquête d e son in d ép end ance ne s'enracine p as en lui du jour au lendemain. Deux p as en avant, un p a s en arrière : un enfant procède par allers et retours. S'il se dit par instants: «M aintenant je suis grand !», à d 'autres moments, il pense : «Je suis si petit et si bien d ans les bras d e m am an.» =?> Besoins entendus, caprices atténués

S'o p p o se r n 'e st pas en soi un caprice, mais c e co m ­ portem ent peut dégénérer en véritable crise d e colère, surtout si l'adulte veut coûte q ue coûte se faire obéir et avoir le dernier mot. L'enfant ne m et p as en d a n ge r sa sécurité ou celle des autres? Soyez d o n c le plus souple possible et évitez d 'e n faire un «drame». La distance

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que prennent les parents par rapport a u non d 'o p p o si­ tion, leur confiance en lui, leur contrôle bienveillant et l'expression d e leur fierté - «Bravo, tu as essayé!» l'aident à ga g n e r pas à p as son indépendance. En a cco m p a g n a n t ses découvertes d 'u n regard qui sait à la fois contenir q u an d il le faut et autoriser ch a q u e fois que c 'e st possible, en fonction d e son â g e et d e ses aptitudes, vous l'aiderez à franchir cette étap e d'affir­ mation d e soi et d e recherche d e son identité. SI vous entendez et soutenez le besoin d 'au ton om ie d e votre enfant, ses ca p rices seront atténués. Celui-ci sera plus disposé à se plier aux règles, à respecter les inter­ dits et à mettre un bém ol sur son hum eur capricieuse. Il ne sera p a s tenté d e prendre le m oins d e risques pos­ sible. Cette période du «non» s'a c c o m p a g n e aussi d e nouvelles dem and es, d e désirs im prévus qui ne devraient p as être interprétés com m e des caprices. Ils correspondent à des besoins qui ont un sens, et non à d es envies destinées à faire «enrager» m am an ou pap a. M êm e s'il a une petite veilleuse, un enfant peut par exem ple vouloir dormir la porte ouverte. Il est bon d 'a c c e p te r ce s rituels qui le sécurisent à un m om ent où il prend des risques et ne sait p a s encore mettre des mots sur ses émotions.

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^ Il commence à parler Plongé d ans un bain d e langage, le b é b é entend le ton et les m élodies des voix qui lui parlent, en particulier celle d e sa mère. Il perçoit les mim iques et les émotions. En lui parlant com m e à une petite personne le plus tôt possible, ses parents vont lui permettre d'instaurer peu à peu une bonne com m unication. La parole ap aise et nourrit intellectuellement. Plus tard, grâ ce a u langage, l'enfant peut nom m er c e qu'il voit. Bientôt, l'éveil d e sa curiosité lui fera poser mille questions à son entourage, ponctuées d'interm inables «Pourquoi». Un enfant ne peut se faire entendre et com prendre q u 'a v e c les m oyens dont il dispose. Il crie, hurle, gesti­ cule tant q ue parfois vous le passeriez bien par la fenêtre... Et pourtant, le ca p rice est en quelque sorte, pour lui, une form e d e com m unication. Il parle a v e c son corps à défaut d e pouvoir s'exprim er en ordon­ nant d es mots et des phrases. Formuler la réalité l'a m è n e à m ieux contrôler sa personne et le m onde qui l'entoure. Tant qu'il n 'a p a s un u sa ge fluide d e la parole, un jeune enfant s'é n e rve encore facilem ent et reste très impulsif. Il est un concentré d 'enthousiasm e et d 'é n e rgie : son aptitude à partager, à attendre ou à cé d e r est fortem ent réduite.

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Votre rebelle va aussi mettre du tem ps à intégrer les notions d e tem ps et d 'e sp a c e - a v a n t après; hier, dem ain; dessus, dessous - qui lui permettront d e se repérer. Il vit d ans l'instant et parfois d ans plusieurs pré­ sents à la fois, sans pouvoir encore se situer par rapport au tem ps des adultes. Pour lui, faire un choix simple et s 'y tenir est parfois extrêm em ent difficile. Il est soumis à des dilem m es insolubles. Thom as ne veut pas sortir du bain parce qu'il aim e barboter dans l'e a u m ais dans le m êm e tem ps il aim erait rejoindre son frère qui joue dans leur cham bre... Pour se faire com prendre, un enfant doit im pérativem ent apprendre à mettre ses idées en ordre. Par la parole, ses parents vont l'aider à faire le tri d ans sa pensée et d ans ses désirs. Il va réaliser q u 'o n ne peut p as tout faire ou tout avoir à la fois. Maîtriser ses m ouvem ents instinctifs, renoncer à un ca p rice en repoussant une envie im m édiate exige un très gros effort d e sa part. M ais à partir du m om ent où il entre à la maternelle, vous n 'e n reviendrez pas; votre petit é c o ­ lier va ga g n e r en assurance et en maturité.

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J L'entrée à l'école maternelle =4> Un changem ent im portant

L'école am ène le jeune enfant à grandir en le confron­ tant à une réalité nouvelle. Le p a ssa g e au statut d 'é c o ­ lier est un événem ent essentiel d a n s sa vie. Sa première an né e d e m aternelle et les suivantes vont conduire ses p a s vers plus d 'au ton om ie et développer ses ap p ren­ tissages. En m êm e temps, vous sentirez bien q ue tout n 'e st p as toujours rose pour lui. Il va se trouver confronté à d e nouvelles situations et d es enjeux parfois difficiles à vivre. L'enfant n 'o c c u p e pas à l'é co le une p la ce aussi centrale q u 'à la maison. Pour lui, la m aternelle est l'u n e des toutes prem ières o cca sio n s d e vivre en société. Bien sûr, vous êtes ravis d e le voir prendre d e l'assurance : la vie en collectivité le pousse à com poser a v e c les autres, à écouter et à évoluer d ans un e sp a ce com m un. M ais une fois scolarisé, il doit aussi intégrer d 'au tre s règles, p artager une maîtresse a v e c une ribam belle d 'é co lie rs et respecter d e s consignes, attendre son tour par exem ple. Ses journées sont p o n c­ tuées d 'é vén e m en ts forts et répétitifs: le m om ent plus ou m oins angoissant pour lui où on le d ép ose à l'école, les tem ps d'apprentissage, les récréations, le tem ps d e la cantine et l'heure d e la sortie.

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C h a q u e enfant a sa propre m anière d e se com porter fa ce à c e bouleversem ent. Certains ne pourront inté­ grer toutes ce s contraintes sans réagir plus ou moins vigoureusem ent c e qui passe parfois par l'expression d e caprices. Un enfant refusera par exem ple d'aller dans le rang a ve c les autres. D ans la classe, sans aller ju sq u 'à se replier sur eux-mêmes, d'autres vont bouder et ne voudront pas participer aux activités scolaires pendant quelque temps. Si votre enfant a d o p te ce type d'attitude à son entrée à la maternelle, inutile de vous affoler, il exprime sim plem ent son besoin d 'o b se r­ ver ce qui se passe autour d e lui, le tem ps d e s'a d a p te r à c e nouvel environnement. =i> D e la résistance d an s l'air

M arqué par le bruit et l'effervescence caractérisant la vie en collectivité, le rythme des longues journées passées à l'é cole reste pesant pour un jeune enfant qui doit trouver ses m arques dans un territoire inconnu, plus ou moins en d é c a la g e par rapport à son environnem ent familial. Selon le discours q u 'o n lui aura tenu, positif « C 'e st super, tu auras des copains, une gentille maîtresse!» - ou moins enthousiaste - «Fini la belle vie, m aintenant c 'e st sérieux» -, il se sentira plus ou moins en confiance dans son statut d'écolier. Plongé dans la

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D e s é tap es d é s

«jungle» q u 'e st la cour, il peut désorm ais se confronter plus fréquem m ent à ses pairs, m ais aussi à des plus grands. Il va devoir négocier, passer des alliances, se montrer parfois un peu plus agressif. Il va aussi imiter des com portem ents jusqu'à présent inédits chez lui. Tout à coup, vous pourrez avoir l'impression que votre enfant vous échappe... A juste titre. Peu à peu, il s'approprie une vie à lui, en dehors du cercle familial. Beaucoup d'enfants ne parlent pas d e leur journée ni d e c e qu'ils font à l'école. Pourtant, anxieux ou curieux d e savoir si cela s'e st bien passé, leur p a p a ou leur m am an ont par­ fois hâte d e les questionner sans réaliser q ue l'instant des retrouvailles n 'e st p as le m om ent le plus opportun pour le faire: «Q u'est-ce que tu as fait d e b eau aujourd'hui a v e c ta m aîtresse? Q u'as-tu m angé à la ca n tin e ?» En confiant pour la première fois à une institution et à une maîtresse celui qui reste encore un peu leur bébé, les parents ont eux aussi franchi un cap. M ais l'enfant peut vivre cet intérêt légitime du parent à son égard com m e une intrusion dans son m onde. Face à leurs sollicitations, il se sent parfois sous pression, li risque d'exploser a p p a ­ remment pour un rien... Si votre enfant ne vous raconte pas sa journée, c 'e st q u 'a v a n t d e pouvoir s'exprimer, il a besoin d 'u n sas entre sa vie à l'é cole et le retour au rythme d e la maison. À la fin d e la journée, il goûte avant

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C 'e st p a s bientôt fini ce caprice ?

tout le bonheur et l'ém otion d e vous retrouver. Finale­ m ent il faut parfois bien peu d e chose pour débloquer une situation. Si vous exprimez votre joie d e le revoir et si vous prenez le tem ps d e raconter votre propre journée, cela suffira sans doute à éviter une scè ne et suscitera les confidences spontanées d e votre petit écolier.

Amoureuse de papa amoureux de maman «Q uand je serai grand, je m e marierai a ve c m am an»; «M on amoureux, c 'e st papa». C e s petites phrases qui peuvent faire sourire m ais q ue vos enfants prononcent a ve c conviction sont loin d'être anodines. Elles sont l'une des expressions d 'u n e période clé pour la construction d e leur personnalité, a p p elé e la «phase oedipienne», au cours d e laquelle les caprices peuvent être attisés. Selon la théorie psychanalytique, entre 3 et 6 ans envi­ ron, la petite fille développe une passion exclusive pour son père et veut à tout prix m onopoliser son intérêt. Parallèlement, elle est en opposition a v e c sa mère q u'elle entrevoit com m e une rivale et tente d'isoler. Le petit garçon va développer les m êm es pensées vis-à-vis d e sa m am an et essayer d e la «séparer» d e son père. Si vous veillez alors à ne pas former un couple fusionnel

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a ve c votre enfant vous éviterez toute confusion dans son esprit et n'attiserez p as ses velléités de caprices. Il est essentiel d 'é n o n ce r clairem ent à son enfant cet interdit universel: «Non, tu ne peux p as épouser ton p a p a ou ta m aman», en l'adoucissant par ce s paroles: «M ais tu te marieras plus tard a v e c la personne d e ton choix. » Évidemment, tout n 'e st p as sujet à caprices pendant cette étape d e développem ent. C ependant, l'enfant fait du charm e a u parent du sexe op p osé et peut rendre la vie infernale à l'autre. Votre fille d e 4 ans fait sa forte tête, pleurniche beaucoup, réclam e à cor et à cri c e qu'elle ne peut obtenir dès qu'elle est seule a ve c vous. M ais il suffit q ue votre co m p agn o n rentre le soir pour que le petit dém on se transforme en ange. Bien sûr, il y a d e quoi lui en vouloir: votre «chipie» a été odieuse toute la journée a v e c vous... et la voilà si calm e et si agréable a ve c son p a p a ! Les sursauts d'agressivité d 'u n enfant à l'é ga rd du parent d e sexe op p osé sont un pas­ sa g e normal et obligé. Cette p hase d e conflit intérieur n'est p as évidente à vivre pour lui. Il ressent d e la culpa­ bilité à l'é ga rd du parent qu'il repousse. M ais il a b eau vous rejeter, il continue à vous aimer. Tout en vous jalou­ sant, Il n 'a q u 'u n e envie : vous imiter et s'identifier à vous. Certains petits garçons exigent que seule leur m am an leur donne le goûter, des petites filles accepteront 29

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uniquem ent q ue leur p a p a leur lave les cheveux. M ais si votre petite coquette tente d e séduire son pap a, elle veut aussi mettre des barrettes «com m e m am an». Et si votre garçon est jaloux d e son pap a, il voudra ce p en ­ d ant les m êm es clés d e voiture q ue lui.

» Son identité sexuelle s'exprime L'identité sexuelle d e la fille et du garçon s'affirme durant cette phase œ dipienne. M êm e si leurs mères sont toujours en pantalon, les petites filles aim ent bien les robes «qui tournent». Elles com prennent q ue leur sexe est différent d e celui des garçon s et qu'elles pour­ ront porter un b é b é d ans leur ventre plus tard. D e son côté, le petit garçon acquiert aussi la conviction que son phallus servira à la procréation. Cependant, cer­ taines Idées fausses peuvent s'an crer d ans leur tête. Une petite fille peut s'o p p o se r à c e q u 'o n lui co u p e les cheveux d e peur d e devenir un garçon. D 'o ù l'im por­ tan ce d'apporter, au fil d e leurs questions, des réponses vraies sur les origines d e la vie. La sexualité d 'u n enfant n 'a p p a ra ît p as soudainem ent à 3 ou 4 ans. Selon la théorie psychanalytique, elle est présente d ès sa nais­ sance. L'enfant recherche très tôt à satisfaire son plaisir.

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D e s étapes d é s

Au premier stade dit «oral», tout passe par la bouche. Il a plaisir à sucer le sein ou la tétine. Son excitation est ap aisée grâ c e à la succion. Plus tard, il découvre qu'il aim e m ordre à pleines dents. Puis il passe au stade dit «anal». Votre enfant dévelop p e une réelle attirance pour le désordre et la saleté. Il a alors pris conscience d e sa ca p a cité et d e sa jouissance à expulser ses selles ou à les retenir. Pendant sa période d'acquisition d e la propreté, n'hésitez p as à l'autoriser à se salir d ans des proportions normales, à m anipuler la pâte à m odeler ou le sable, à patoulller a ve c la peinture ou encore à faire sa petite vaisselle. Vous apportez ainsi un substitut à ce plaisir qu'il aurait à jouer a v e c ses excrém ents et l'aidez à canaliser ses pulsions. En lui a cco rd an t plus d 'a u to n o ­ mie et en cé d an t un peu plus sur certaines d e ses dem andes, il acce p tera mieux la frustration et l'interdit qui lui sont imposés. Il se sentira gratifié et ravi d 'a vo ir pu réaliser a v e c plaisir une foule d e petites choses.

S Retour au calme Votre enfant a acquis la propreté d e jour com m e de nuit. Il a expérim enté et d évelop p é ses cap a cité s motrices. Il sait que sa m ère ou son père ne peut p as 31

C 'e st p a s bientôt fini ce caprice ?

être l'objet d e son désir am oureux. Vers 7 ans, il ne vous im pose en général plus un rythme soutenu d e caprices. Vous pouvez enfin souffler ! Après 6 ans, un enfant est b e a u co u p m oins assailli par les passions et les pulsions d e sa petite enfance, il prend d e la distance par rapport à ses parents, il grandit, il fait l'épreuve d e la réalité. Après avoir traversé d es phases d'excitation affective très forte, il va se tourner vers la connaissance. Il est prêt à s'investir d ans des savoirs très divers et sa curiosité naturelle se développe. Heureusement, si un enfant s'e st m ontré particulièrem ent capricieux d ans sa petite enfance, on ne peut en conclure q ue les années à venir seront éprouvantes pour ses parents. Il ne leur en fera p as forcém ent voir d e toutes les couleurs au m om ent d e sa crise d 'a d o le sc e n c e !

L'essentiel .

Qua nd un enfant s’oppose, il n’exprime p as d ’em­

blée un caprice mais cherche d ’abord à s’affirmer en tant que personne. S Sa maîtrise progressive du la n g a g e l’aide à ordon­ ner ses pensées et à contrôler ses pulsions.

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D e s étapes d é s

'■ £ L’école contribue à développer son autonomie. Son

adaptation à cet univers inconnu peut indirectement susciter des caprices souvent liés à ces angoisses. Is L’enfant a une sexualité qui s’exprime dès sa nais­ sance. Pendant la phase oedipienne, entre 3 et 6 ans environ, il rejette le parent du sexe opp osé et tente de séduire l’autre parent. Son agressivité et la fréquence de ses scènes peuvent en être exacerbées. f i Par moments, un enfant imite l’un ou l’autre de ses parents, est en rivalité avec lui ou s’identifie à lui. :U À 6-7 ans, une fois passées ces périodes de conflits

intérieurs, il a intériorisé certains interdits et ses caprices s’atténuent.

M a is pourquoi toutes ces scènes? Un événement, une situation particulière ou une émotion, crée souvent l'étincelle qui m et le feu aux poudres d an s la tête d'un enfant. S a personnalité et son ran g d an s la fam ille vont aussi m odeler se s explosions de cris et de larm es.

ü Inégaux face aux caprices C 'e st une évidence: les enfants ne sont pas égaux en caprices. C h a cu n d'entre eux a une personnalité propre, un caractère plus ou moins affirmé et des com porte­ ments très différents selon les contextes ou les situations. Un enfant est colé reu x? Peut-être sa m ère ou son père l'était-il aussi au m êm e âge. En interrogeant les grands-parents, on peut mieux com prendre les réactions

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C 'e st p a s bientôt fini ce caprice ?

explosives d e son enfant. S'il fait un caprice, sa person­ nalité n 'e st p as seule en cause. La vie d e ses parents, les périodes plus ou moins fastes qu'ils traversent, vont souvent influencer ses réactions et ses com portem ents. Un petit «dur» qui donne des coups d e pied d e rage de ne pas avoir obtenu c e qu'il voulait sera qualifié d é g r e s ­ sif» ou d e «violent». Tandis q u 'u n e fillette sera plutôt trai­ tée de «chipie» ou de «peste». O n dira plus volontiers que la fille «fait un caprice» et que le garçon «fait une colère». Mais, quel que soit son sexe, si l'étiquette «capri­ cieux» est systématiquement appliquée à un enfant, celui-ci se persuadera lui-même d e son humeur instable. « Il est vraim ent trop gâté. Pas étonnant qu'il soit si capri­ cieux.» Cette affirmation mille fois usitée s'e st im posée au bon sens com m un. Selon cette logique, l'enfant unique serait potentiellem ent plus capricieux q ue les autres. Étant le seul «héritier» d e la famille, il est censé recevoir plus d e c a d e a u x et d'attentions d e la part d e son entourage. Pourtant, la réalité est plus nuancée. En effet, un enfant unique pratique en général plus d 'a c ti­ vités et reçoit des jouets en plus grand nombre. M ais celui-ci a un poids considérable sur les épaules: l'atten­ tion d e ses parents se focalise sur lui seul. Il ressent cette pression et cette exigence à son égard : ce la risque ou non - selon son tem péram ent plutôt passif ou rebelle -

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M a is pourquoi toutes ces scènes ?

d e provoquer une m ontée en puissance d e caprices. C e la dit, il peut être aussi enfant unique du couple tout en étant très autonom e et respectueux d es autres.

•* II se sent tout-puissant Un rapport d e force peut s'installer très tôt entre un enfant et ses parents. Et pour cau se : les tout-petits ont l'irrésistible envie d e dominer, d 'é g a le r leur père ou leur m ère et d 'a vo ir le dernier mot. Ils ne voient p a s pour­ quoi leurs parents les em pêcheraient d'obtenir c e qu'ils veulent et y mettent toute leur énergie. À c e jeu, cer­ tains réussissent parfois le tour d e force d'inverser les rapports d e pouvoir entre eux et leurs parents. O n a alors l'étrange impression q ue d ans leur famille c e sont eux qui dictent les règles... Un petit enfant a une logique très particulière: il veut tout posséder dans l'instant mais prêter le moins pos­ sible. Jusq u 'à 3 ou 4 ans, il s'identifie aux objets qu'il pos­ sède. Il croit que s'il prête c e qui lui appartient, il perd une partie d e lui-même. Alors qu'il ne se sépare pas d e ses propres affaires sans protester ou piquer une colère, il est souvent tenté d e prendre le seau ou la pelle d 'u n autre enfant..., qui fait à son tour une scè ne terrible ! 37

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Tourné sur lui-même, le tout-petit doit renforcer son nar­ cissisme avant d'arriver à plus d e maturité et d e discer­ nement. Ju sq u 'à 5 ans environ, son univers reste très m anichéen : des gentils et des m échants, des faibles et des forts. Évidemment, il veut à tout prix être du côté des costauds. Si ses intentions sont contrariées, il laisse alors libre cours à son agressivité et à ses caprices. Il découvre ainsi qu'il n 'a p as le pouvoir d'exercer sa volonté sur les autres ni d e maîtriser les événem ents. Il va lui falloir renoncer à c e sentiment d e toute-puissance qui l'anim e. Il prend peu à peu con scie nce qu'il y a une loi et des règles à respecter. Les parents l'a c c o m p a ­ gnent d ans c e renoncem ent et le sécurisent en im po­ sant des limites ou un term e à l'expression d e sa toute-puissance. G râ ce à leur aide et à leurs soins, l'e n ­ fant acquiert le sens du d a n ge r et apprendra progressi­ vem ent à raisonner par lui-même.

Il se sent frustré «Tu n 'e s plus m a m am an !» Lise, 4 ans, voulait tant cette p ou p é e à la robe argentée m ais sa m am an refuse d e la lui acheter. Elle se sent tellement frustrée d e ne pas avoir eu c e jouet q u'elle ne contrôle plus sa colère. 38

M a is pourquoi toutes ces scènes ?

O n peut se sentir désolé pour son enfant en assistant à c e flot d'ém otions qui le subm erge. O n va parfois jus­ q u 'à trouver une com pensation pour essayer d e gom ­ m er sa frustration. Pourtant cette exp érience est nécessaire et m êm e bénéfique pour lui. La recherche du plaisir im m édiat n'e st p a s a d a p té e aux dures réalités du m onde qui l'entoure. C e n 'e st q u 'a p rè s 4 ans qu'il sera c a p a b le d'adm ettre que la satisfaction d e ses désirs soit remise à plus tard, voire qu'elle ne soit jam ais possible. Le sentiment d e frustration lui perm et d e déve­ lopper ses ca p a cité s d 'ad ap tation, lui donne une sécu­ rité intérieure et lui ap prend à attendre. Un enfant frustré sans excès réalise q u 'o n ne peut p as avoir raison sur tout. C 'e st ainsi qu'il s'initie à la confrontation pour s'e n sortir au mieux d a n s les situations d e conflit. Selon le pédiatre Donald Winnicott, il est essentiel q ue les enfants règlent eux-m êm es les conflits souvent doulou­ reux entre leur vie im aginaire et les contraintes d e la réa­ lité extérieure. Un enfant fait peu à peu un véritable travail d e désillusion. Il va découvrir qu'entre son m onde intérieur et le m onde extérieur il n 'y a pas forcém ent une coïncidence parfaite. Une grande partie des rages et des colères d e la petite enfance provient d e c e d é c a ­ lage entre réalité extérieure et réalité intérieure. M ais il est important q u 'u n enfant ne vive p as ses frustrations 39

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com m e quelque chose d e dirigé contre lui ou destiné à l'humilier, le briser ou l'affaiblir. D ans une famille nom ­ breuse, les derniers ont souvent la tentation d e vouloir imiter les plus grands. Exaspérés par leur im puissance à les copier, ils se sentent inférieurs aux aînés et vivent mal leur incapacité m om entanée à ne pas pouvoir faire aussi bien, aussi vite, aussi fort. Tout peut alors devenir prétexte à exprimer cette rage d e ne pas se sentir à la hauteur. Heureusement, on peut faire com prendre aux jeunes enfants que s'ils ne peuvent égaler leur grand frère, leur grand e sœur, leur père ou leur mère, ils sont ca p a b le s au quotidien d e faire bien d'autres choses plus en a cco rd a ve c leur â g e et leurs capacités. En jouant à ca ch e -ca ch e a ve c les grands par exemple, les petits malins seront les seuls à pouvoir se faufiler sous une petite table, une cachette inaccessible à leurs aînés.

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II cherche des repères

Un enfant se fabrique toujours une représentation d e sa famille dans son imaginaire. Ses parents sont d 'a b o rd ceux qui le nourrissent et répondent à sa sécurité. Il «sait» que son père est censé incarner l'Autorité plus q ue sa mère. Petit à petit, il s'élabore un portrait psychologique

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des m em bres d e sa famille. Ses dem andes et ses caprices ne seront pas les m êm es selon qu'ils sont dirigés vers son père ou vers sa mère. Un jeune enfant connaît très bien ses ch an ces d'obtenir ou non c e qu'il veut d e l'un ou d e l'autre. Il sait quels sont les dom aines réservés à ch a ­ cun, leurs petites failles, et n'hésite pas à en jouer. Cette carte des repères q ue les enfants se dessinent varie en fonction d e ch aq ue famille. Certains auront besoin d 'u n e plus grande fermeté alors que b eau cou p plus d e sou­ plesse et d e concessions seront possibles a v e c d'autres. Votre enfant expérim ente tous les chem ins qui orientent votre relation à lui. Il ne cherche p as seulem ent à iden­ tifier les repères définis par votre autorité. Il vous teste aussi pour cerner l'Im a ge q ue vous lui renvoyez d e luimême. Il est attentif à tous les indices, mots, regards eu gestes qui lui racontent vos valeurs m ais aussi votre plaisir et votre fierté d ê l'avoir mis au m onde.

éc «Papa, maman, j'e x iste !» Pour un jeune enfant, un cap rice peut être aussi une m anière d 'e n voye r des signaux d 'a p p e l et d'attirer l'a t­ tention d e ses parents. Le p aq ue t d e bonbons qu'il réclam e chez l'épicier n 'e st q u 'u n prétexte pour attirer 41

C 'e st p a s bientôt fini ce caprice ?

votre regard sur lui et se voir confirmer encore et encore votre affection. Tout à coup, il peut se mettre à parler moins bien ou à bégayer, à refaire pipi au lit ou à res­ sortir ses tout premiers doudous. Il veut ainsi vérifier qu'il ne pourra p as revenir en arrière. Il a envie d'entendre : «Tu as grandi, tu ne pourras pas redevenir un bébé.» Il est essentiel d e se montrer tolérant et patient pour lui redonner confiance en lui. Il peut arriver encore q u 'u n enfant ne vive pas bien ce qui se passe dans sa vie. Ses caprices sont alors à d é c o ­ der com m e des appels à l'aide. La liste d e ce qui peut potentiellement le perturber est longue: il n 'a plus les m êm es habitudes alimentaires, il doit s'habiller différem­ ment, son père ou sa m ère ch a n ge d e travail, ses parents ont appris une m auvaise nouvelle, son grand-père est m alade, il entre à l'é cole maternelle, sa maîtresse a une rem plaçante, un très bon copain dém énage... Lorsqu'un enfant perçoit des tensions entre ses parents, il a souvent peur d e perdre leur affection ou d e ne pas en être digne. D ans les c a s extrêmes, il peut aller jus­ q u 'à ressentir un mal-être si profond qu'il va m enacer ses parents d e quitter la m aison ! Cependant, en gé n é ­ ral, son réflexe est d 'o c c u p e r le terrain. Inconsciem ­ ment, il va donner à ses parents du fil à retordre pour les focaliser sur ses problèm es à lui.

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M a is pourquoi toutes ces scènes ?

D ans sa logique d'enfant, il les détourne ainsi d e leurs propres soucis. Pour atteindre c e but, tous les m oyens sont bons. En étant cap ricie ux il entretient leur anxiété et leur culpabilité pour les ram ener à lui. S'il ressent un m om ent d e déprim e chez l'un d e ses parents ou si le couple se dispute violemment, un enfant s'a c c u se : « C 'e st forcém ent à cau se d e moi.» Il va penser qu'il a fait quelque chose d e mal ou qu'il n 'a p as répondu à l'attente d e son père ou d e sa mère. Ses parents sont loin d'im aginer l'énergie qu'il va alors dépenser pour les protéger et les sentir à nouveau forts. À travers ses caprices, l'enfant attire le regard d e ses parents sur lui tout en leur délivrant le m essage d e son désarroi. La m ère d e Marie, 4 ans, est subm ergée d e tra­ vail et rentre plus tard à la maison, en c e moment. Dès qu'elle arrive, sa fille pleurniche à la m oindre contra­ riété. C 'e st sa m anière à elle d e dire: «Je voudrais tant que tu t'o c c u p e s plus d e moi en c e m oment.» Un enfant a besoin q u 'o n lui a cco rd e du temps. M ais il faut pourtant bien se faire une raison et a cce p ter cette situation sans culpabiliser pour autant. O n ne peut pas toujours avoir tout le tem ps qu'il voudrait et que l'on voudrait lui donner. L'im portant est d e partager pleine­ m ent les m om ents passés ensem ble.

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C 'e st p a s bientôtfini ce caprice ?

é II se «venge» ou il ne voit pas d'autre issue Depuis que son père est parti pour un séminaire d e tra­ vail, Louis, 5 ans, refuse d 'o b é ir à sa mère. Il ne m et pas son pyjam a q u an d elle le lui d em an d e ou joue au bal­ lon dans tout l'appartem ent alors q ue cela lui est inter­ dit. Il multiplie les cap rices parce qu'il en veut à son père d e ne p as être à la maison... Certains enfants ne ratent pas une occa sion d e vous faire payer vos retards ou votre a b se n ce à grand renfort d e caprices. Loin de s'im aginer l'«esprit d e ve n g e a n ce » qui les anime, les parents ne com prennent p as toujours leurs réactions. Encore plus déroutant: les cap rices d 'u n enfant qui se sent «piégé» et qui ne voit p a s d'issue à la m anière dont il pourrait se sortir d 'u n m auvais pas. Une situation toute b anale peut ainsi com plètem ent dégénérer. Aurélie a cassé un verre d a n s la cuisine, mais elle nie totalem ent cette bêtise et a c c u se le chat. Elle sait que ses parents ne sont p as dupes. Elle voudrait tant sauver la face, mais elle se sait dévoilée. M algré tout, elle s'e n ­ tête à ne p as avouer la bêtise qu'elle vient d e faire. Face à une telle im passe, elle n 'a plus d'au tre ressource q ue d e piquer une terrible colère et hurler sa rage ... Un enfant peut aussi avoir envie d e reproduire un com por­ tem ent qu'il a observé à l'é co le ou en famille, Pour peu 44

M a is pourquoi toutes ces scènes ?

qu'il en soit e m p ê ch é par son p aren t il sera tenté d e faire la tête pour lui faire payer son attitude !

% Peurs, lubies et pudeur li existe des peurs à tout â g e m ais elles prennent des form es différentes selon le stade d e d éveloppem ent d 'u n enfant. Tout petit il a peur d es inconnus. Un peu plus tard, des monstres ou d es sorcières viennent han­ ter ses nuits. Si votre enfant fait un ca p rice parce qu'il veut continuer à jouer à 9 heures du soir, c 'e st peutêtre q u 'a u fond d e lui il redoute l'heure où il n 'y aura plus d e lumière d a n s sa cham bre. À 4 ans, un enfant g a g n e d e l'autonom ie et devient plus sociable. Plus il a p p re n d d e choses, plus le cercle d e ses peurs s'é la r­ git et plus il aura besoin d e se rassurer. Il peut alors d o n ­ ner l'im pression d 'ê tre m aniaque: Il ne supporte p as que son pull le gratte, que le col d e sa chem ise ne soit p a s ouvert ou q u e le nœ ud d e sa robe ne soit pas fait d 'u n e m anière précise. Une poussière tout à fait quelconque flotte sur l'e a u d e son bain..., et votre enfant sort précipitam m ent d e la baignoire, refusant à tout prix d 'y retourner! D ans ce s moments, on peut être a g a c é par leur com portem ent

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et on a l'impression qu'ils en font une tonne pour trois fois rien. En fait, les enfants ont des réactions q ue l'on associe à d es lubies m ais qui ca ch e n t parfois une peur profonde et le besoin d e se rassurer. Parallèlem ent aux an goisse s q u 'il dévelop p e, un enfant, d e 2-3 ans environ, prend conscience d e son identité sexuelle et com m e n ce à ressentir un sentiment d e pudeur. Q uelques m ois auparavant, Nicolas courait tout nu d ans le salon, désorm ais, lorsqu'il se c h a n g e à la plage, il lui faut absolum ent avoir sa' serviette enrou­ lée autour d e la taille. D ans la tête des enfants, des ém otions et des craintes très diverses se bousculent. À la maternelle, certains vont vigoureusem ent refuser d 'alle r aux toilettes p a rce q u e ce la les dégoûte. D 'autres se retiennent par pudeur ou par peur parce qu'ils n 'a va ie n t jam ais vu d e toilettes miniatures. Plus ou m oins im portantes selon la personnalité d e votre enfant, ses lubies, ses peurs m om entanées ou sa p udeur naissante sont norm ales et l'a id e n t à se construire. Cependant, il faut prendre gard e à ne p as les banaliser ou les encourager. En parler trop ou enfon­ cer le clou - «Tu as bien regardé si la petite bête qu'il y avait d ans ton bain était encore là» - l'installe dans sa peur. Or, plus on s'a tta ch e à se focaliser sur ces com portem ents ou à les juger - « C e n 'e st rien, e sp è ce

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M a is pourquoi toutes ces scènes ?

d e poule mouillée» -, plus on va le faire douter d e ses com p étences.

Sa

peur

du

ridicule

gagne

du

terrain et il peut se convaincre qu'il n'arrivera p as à devenir grand. D e quoi alim enter bien des caprices!

S II est épuisé ou il a un chagrin Lorsque ses batteries sont à plat, votre enfant s'é n erve vite et s'o p p o se pour un rien: il se iance d ans de longues crises d e pleurs ou d e colère apparem m ent pour presque rien. Vous sentez bien qu'il a dépassé ses propres limites: son rythme a été perturbé la veille parce q ue toute la famille était invitée chez des am is et il n 'a p a s suffisamment dormi la nuit dernière; il a été inscrit à la crèche et doit s'a d a p te r à la vie en collecti­ vité; il a fait un grand et long vo ya ge a ve c vous; vous avez dû gérer un imprévu et l'aviez ca sé tant bien que mal à droite ou à gauche. La fatigue est l'u n e des cau ses les plus fréquentes d e caprices. M ais d 'au tre s raisons peuvent passer plus inaperçues. Un enfant a eu récem m ent un gros c h a ­ g rin ? Il a par exem ple perdu un d o u d o u auquel il tenait plus q u e ses parents ne l'im a gin a ie n t? Et voilà q u 'il pleure et ta p e du pied d a n s un m agasin d e jouets

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pour réclam er une peluche que vous ne souhaitez pas lui acheter m ais qui, au fond, lui rappelle tant la sienne... Il peut aussi être triste parce qu'il n 'e st pas content d e lui et pense avoir d é ç u ses parents ou encore parce qu'il a c h a n g é d e nounou: il regrette celle qu'il avait avant. Autre bonne raison pour lui d 'être chagriné: son père a c h a n g é d e travail et il a du mal à s'habituer à c e qu'il ne soit p a s là com m e à son habitude à l'heure du dîner. Lorsque son enfant est épuisé ou a un gros chagrin, il est possible d e faire baisser la tension en étant plus détendu soi-m êm e et en tentant rapidem ent d e le consoler. O n peut lui proposer son d ou dou ou sa tétine pour lui faire retrouver d es sensations agréables. Q uelques mots suffisent parfois à apaiser sa tristesse ou sa fatigue. Votre com préhension est alors votre meilleur atout. O n peut lui dire: «Je vois bien que tu as b e a u ­ co u p d e chagrin», ou encore: «Je sais q ue tu es très fatigué, la journée a été difficile pour tous». Il se sentira com pris et il sera rassuré en ressentant l'am our que vous lui portez. Cependant, chassez vos illusions: ce n'est pas en tor­ dant le cou à la cau se supposée d 'u n cap rice q u 'o n y met fin. Derrière une grosse crise ou une bouderie, il n 'y a pas en général une seule explication mais plusieurs

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qui sont plus ou moins évidentes à trouver. Un enfant au tem péram ent anxieux, fatigué par sa journée, qui vient d 'a vo ir un petit frère ou une petite sœ ur et qui ch a n g e d e nounou aura bien des raisons d'être capricieux!

L'essentiel Face à une mêm e situation, chaque enfant va réagir en fonction de sa propre personnalité et de son entou­ rage familial. Un caprice est pour lui le moyen de lancer un appel ou de délivrer un m essage. Il peut avoir une seule cause mais en associe généralement plusieurs. Un enfant qui fait ün cap rice peut rechercher des repères qui le sécurisent, il exprime aussi souvent un sentiment de toute-puissance ou des frustrations qui le préparent à sa vie d ’adulte. Le caprice peut avoir pour but d ’attirer l’attention de ses parents et de les «protéger» de leurs soucis, être l’ex­ pression de sa vengeance ou du sentiment de se trou­ ver dans une impasse.

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£ Ses peurs et sa pudeur dérapent parfois en caprices. M ais celles-ci doivent être respectées pour préserver sa confiance en lui. Les cap rices surgissent d ’autant plus facilem ent qu’un enfant est fatigué. Q u ’il soit épuisé ou chagriné, il a besoin dans les deux ca s d ’être rassuré.

Entre frères et sœ urs Pour occuper la «plus belle place» dan s le cœ ur de leurs parents, frères et sœ urs multiplient leurs caprices. Ils ont besoin d'être reconnus d an s leur statut de grand, de cadet ou de dernier.

® A chacun sa place Q uoi que vous fassiez, la lutte entre vos enfants pour m onopoliser votre am our est inévitable. Les parents dépensent parfois une énergie folle pour tenter d'être justes a v e c c h a c u n d 'e n tre eux. O n fait un petit c a d e a u à l'un et à l'autre, on joue a v e c lui à ch at per­ ché, puis a v e c elle à la poupée. Et pourtant, m algré tout, frères et soeurs se disputent et vont m êm e jusq u 'à se taper dessus. D e quoi baisser les bras ! En fait, la jalou­ sie entre frères et sœ urs d 'u n e m êm e famille et les caprices qu'elle engendre sont tout à fait logiques si on

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se p la ce du côté d e l'enfant. Tous ont la m êm e crainte : celle d'être m oins aim é q ue l'autre, d e tenir moins de p lace dans le cœ ur d e leurs parents. D'ailleurs, à leurs yeux, à tort ou à raison, les preuves d e favoritisme ne m anquent pas. O n a b e a u avoir les meilleures intentions du m onde, on n'enlèvera p as d e la tête d 'u n enfant cette impression d 'a vo ir été floué à un m om ent ou à un autre. Bien sûr c e n 'e st p as juste d e devoir prêter son ours préféré à son petit frère ou d e rester à la m aison alors q ue l'a în é va voir un m atch d e foot a v e c son père. L'essentiel est q ue votre enfant sach e que la vie com ­ porte une part d'injustice, m ais qu'il occu p e ra toujours une p la ce unique dans sa famille. Aîné, cadet, dernier: il n'existe p as d e position plus facile à vivre q u 'u n e autre. Il est impossible et utopique d e vouloir donner exactem ent la m êm e chose à tous. M ais il est indispen­ sable d e rappeler régulièrem ent la p lace d e chacun. Quel q u e soit son rang, un enfant doit en être fier et s 'y sentir respecté. L'aîné restera toujours l'aîn é m êm e si, en son absence, à l'o cca sio n d 'u n séjour en colonie de v a ca n ce s par exemple, le ca d e t peut provisoirement prendre le statut d e grand au sein d e la famille. Les enfants d 'u n e m êm e fratrie ont très souvent leurs petites habitudes. C h a cu n peut avoir une p la ce réservée à table. Si un enfant souhaite é ch an ge r la sienne contre

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Entre frères et sœ urs

celle d e son frère ou d e sa sœur, c 'e st l'o cca sio n d e souligner q ue si ch a n ge r d e p la ce reste négociable, c h a n g e r d e rang est im possible. O n

peut dire:

«Aujourd'hui, c 'e st d 'a cco rd , tu t'assieds là, mais tu sais bien que ton frère aîné reste ton aîné. C h a cu n d e vous a une p lace unique dans nos cœ urs. » D ans le ca d re d e c e respect mutuel, ch a q u e enfant peut être incité, par ses parents, à faire un p as vers l'autre pour ne p as figer une situation et développer sa ca p a cité à s 'y adapter. C ependant, si c 'e st la guerre déclarée au m oindre petit changem ent entre frère et sœur, on peut inventer d'autres m anières d e fonctionner. Par exem ple: fabri­ quer des calendriers qui précisent les tours d e rôle ou établir un tirage au sort. Respecter la p lace d e ch acu n passe tout aussi bien par les paroles échangées, les gestes et les activités partagées. Dire à son aîné : «Je ne peux plus te bercer m ais je l'a i b e a u co u p fait a v e c toi q u an d tu étais petit», le conforte dans sa p lace d e grand tout en lui rappelant qu'il a lui aussi été petit. Selon son rang, ch a cu n d 'e u x va com m uniquer d 'u n e façon particulière a v e c les autres, suscitant parfois des scènes et d es cap rices à vous donner envie d e les passer par la fenêtre! Il est bon d e les inciter à avoir ch a cu n un centre d'intérêt différent pour éviter les prises d e bec, surtout pour les enfants casaniers qui ont

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te n d an ce à préférer le c o c o n d e la m aison au square. Attention aussi à ne p as rajouter d e l'huile sur le feu en attisant leur am ertum e et leur jalousie: si c 'e st l'anniver­ saire du c a d e t c e n 'e st p as celui d e l'aîné! Faire un c a d e a u aux deux c e jour-là c 'e st pour le plus jeune voir sa p lace dévalorisée et sa fête gâch é e.

S Pas évident d'être le plus grand Rien d'étonnant à ce q ue l'aîné ne voie p as d 'u n très bon œil la naissance d 'u n petit frère ou d 'u n e petite soeur, surtout s'il était seul jusqu'alors. Mettez-vous à sa place: com m ent a cce p te r sans ronchonner d 'être détrôné d e son rang d'enfant unique pour devoir du jour au lendem ain partager a ve c un autre? L'aîné réalise peu à peu qu'il devra «faire a ve c cet intrus». Fini le tem ps où jouets, câlins, affection des parents n'étaient destinés q u 'à sa petite personne. Il se sent anim é d e réactions violentes. Il aimerait faire disparaître c e nouveau venu et peut aller jusqu'à souhaiter qu'il m eure ou q u 'o n le mette à la poubelle... O n lui dem ande désorm ais d e céder le bol ou le cam ion a ve c lequel II jouait tout petit, sous prétexte qu'il est le plus grand. Dans sa tête, l'orage gronde. Il n 'a p as forcément envie d e partager c e qu'il

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estime lui appartenir encore. Lui, que l'on a tendance à considérer parfois com m e plus â g é qu'il n'est, voudrait bien régresser et redevenir le «bébé» d e ses parents. Alexandre réclam e à cor et à cri un biberon q ue sa m ère lui refuse, justement «parce qu'il n 'e st plus un bébé». Elle estime qu'il fait un gros cap rice et qu'il d ép asse les limites. Pourtant, c e besoin q ue l'aîn é exprim e peut être très passager, surtout s'il est entendu sans com m entaires dévalorisants. Parfois, le grand sem ble bien a cce p te r la naissance du second. Et c 'e st lorsque c e dernier com m e n ce à m archer et à prendre d e l'autonom ie q ue ses co u p s d e colère ou ses b o u d e ­ ries deviennent fréquents. L'aîné jalouse son ca d e t en ressentant la fierté d e sa m ère et d e son père devant ses progrès. Ses parents ne com prennent p as toujours c e qui lui arrive : il ne veut plus prêter la peluche qu'il lui prêtait si volontiers hier! Dorénavant, pour attirer l'atten­ tion sur lui et la détourner d e son frère ou d e sa sœur, il est prêt à tous les caprices... Face à sa peur d 'ê tre rattrapé par le deuxièm e, l'a în é a aussi besoin d 'ê tre rassuré et d e ne p a s être enferm é dans un rôle définitif. Il est im portant d e l'aider à trouver sa p la ce d e «pre­ mier» enfant. Si son statut ne lui d on ne p as le droit d e jouer les petits chefs, il n 'a p as non plus le devoir d e veiller sur ses frères et sœ urs et d 'être constam m ent

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un m odèle pour sa fratrie. Son â g e lui réserve le privilège d e petits plâisirs qui sont importants à respecter pour qu'il se sente bien à sa p la ce d e «grand». L'autoriser à se coucher plus tard que les autres le sam edi soit lui confier la clé, lui permettre d 'a vo ir un réveil à lui dans sa cham bre, lui donner un peu d 'a rge n t d e poche... Autant d e signes qui lui parlent du bonheur d e ses parents d e le voir devenir grand et autonom e. L'aîné découvre aussi q u 'a u fur et à mesure qu'il gran­ dit, ses parents deviennent naturellem ent plus exigeants a v e c lui, puisqu'il ap p rend d e nouveaux interdits et le respect d e règles sociales. Pour qu'il ne se sente pas lésé ou rejeté, il est bon d e l'aider à faire la part des choses. Il est en droit d e ne p a s prêter les affaires qui lui tiennent à cœ ur s'il le souhaite, par exem ple l'assiette dans laquelle il m angeait étant bébé. M ais il est aussi im portant d e l'inciter, lui com m e ses frères ou sœurs, à partager d e tem ps à autre une partie d e ses «biens». C 'e st ainsi que toute la fratrie forge sa ca p a cité future à s'a d a p te r et à vivre au con tact les uns d es autres. Pour peu q ue ses parents attendent d e lui qu'il donne toujours le «bon exem ple» à ses petits frères et sœurs, l'aîné va se trouver en position d e m odèle, au risque d e s'interdire d e faire un faux pas: «Aide ton frère à mettre sa veste», «Surveille ta petite sœ ur»... Toutes ce s respon­

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sabilités lui sont im posées parce qu'il est le premier-né et cela lui paraît injuste. Un verre brisé par son c a d e t? Et il est à deux doigts d e penser q ue c 'e st sa faute parce qu'il n 'a p as suffisamment fait attention au plus jeune... Inévitablem ent l'aîn é aura envie d e se rebeller, d e bouder ou d e piquer une bonne colère.

ü Le cadet: ni petit ni grand À première vue, la p lace du cad e t peut paraître plus enviable. Il bénéficie d e l'expérience d e ses parents, en général plus détendus qu'ils ne l'avaient été a ve c l'aîné. M ais com m ent s'affirmer face au grand qui le fascine? Les réactions du deuxième, ses cap rices plus ou moins exacerbés, d épendent aussi des relations a v e c ses frères et soeurs, d e leurs personnalités et du regard posé sur lui par son père et sa mère. Lorsque l'aîn é est adulé, m algré la volonté des parents d e ne rien laisser filtrer, le ca d e t peut craindre d e ne p as recevoir la m êm e admiration. Au contraire, il peut entendre surtout les reproches qui sont faits au plus grand : «Tu ne prêtes jam ais tes jouets, tu es bien égoïste. » Pour se dém ar­ quer, il peut vouloir montrer à ses parents qu'il n 'a p as les m êm es défauts et s'évertuer à se com porter en

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enfant sage. M ais le plus souvent il va osciller entre deux attitudes op p osées pour asseoir sa personnalité. Il sait qu'il peut obtenir l'attention d e ses parents en étant plus sa g e ou au contraire en étant b e a u co u p plus agressif selon les moments. D ans une famille d e deux enfants, la tentation d e for­ m er deux duos parent/enfant est souvent là. Le père peut, par exemple, s'attache r b e a u co u p à sa fille aînée et la m ère en faire autant a v e c son deuxièm e. C h a q u e d uo se m et alors à fonctionner un peu com m e un couple. Résultats: les cap rices et les jalousies entre enfants, qui sont ch a cu n en m anque d e l'un des parents, sont ravivés. La p hase œ dipienne, le m om ent où l'enfant va rejeter le parent du sexe op p osé au sien, peut se prolonger. C h a cu n s'identifie au parent du m êm e sexe a v e c moins d e souplesse. Bref, autant éviter d e tom ber dans le p iè ge d e c e double d u o pour ne pas s'enliser d ans des scènes d e colère ou d es b ou d e ­ ries dont on se passerait bien.

â Le petit dernier: «chouchou de la fam ille» Les plus grands soupçonnent très souvent le petit der­ nier d 'être le ch ou ch ou des parents, le petit intou-

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ch ab le qui peut faire autant d e cap rices qu'il veut sans être grondé. Il est vrai q ue les petits derniers com ­ prennent vite com m ent m anipuler leurs parents et tirer profit d e la situation. Au con tact des plus grands, ils s'éveillent plus vite. C 'e st vrai : les excès des «petits » sont souvent mieux tolérés par leurs parents. Les derniers trouvent souvent un malin plaisir à faire râler leurs aînés, physiquem ent plus forts et plus grands qu'eux. Très stimulés par ces derniers, ils prennent souvent plus d e risques q u 'e u x au m êm e â g e et sont en général plus aventureux. Ils ont la ch a n ce d 'a vo ir plusieurs m odèles autour d 'e u x auxquels s'id e n ­ tifier et la ca p a cité d 'a b sorb e r des rythmes différents. Rodés aux soins et à l'éducation des précédents, leurs parents sont plus confiants. Pour autant, la p lace du dernier n 'e st p as aussi confortable qu'elle en a l'air. Loin du regard des parents, les grands n'hésitent p as à leur rappeler par une gifle, une tap e ou un co u p d e pied qu'ils sont les plus forts. «Ne regarde p as c e film a v e c tes soeurs, il n'est p as d e ton âge», ou encore: «Tu es trop petit», sont des injonctions qu'ils entendent à longueur d e journée. Plus encore q ue les autres, le petit dernier va avoir besoin d e s'affirmer a ve c dynam ism e et téna­ cité, à gros coup s d e caprices parfois. Et pour cause: son père et sa mère savent très bien q ue lorsqu'il aura

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grandi, leur rôle d e jeunes parents prendra fin et qu'ils vont vieillir. Inconsciem m ent, ils tentent d e lui conserver le plus longtem ps possible son statut d e bébé...

L'essentiel . Un enfant craint toujours d ’être moins aim é que son frère ou sa sœur. Cette angoisse suscite inévitablement des caprices. â Dans une fratrie, il n’y a pas une position plus facile à vivre qu’une autre. I l Selon son rang, ch acu n entretient des interactions particulières ave c ses frères et sœ urs et est confronté à des pressions différentes. ® Il est illusoire de vouloir donner exactement la mêm e chose à chacun de ses enfants. L’important est que ch aq u e enfant sente que sa place au sein de sa fratrie est valorisée et respectée.

Ce qui se joue côté parents L'histoire fam iliale des parents, les événem ents liés à la naissance de leur entant et leur relation d e couple influent sur leur com portem ent d e père ou de mère. Ce contexte m ais aussi le regard des autres et de la société attisent indirectem ent les caprices.

m Histoires fam iliales =t> Héritages du p assé

Votre enfant vous ressem ble forcém ent un p e a d e m êm e q ue vous ressemblez Inévitablem ent à vos pro­ pres parents. Entre un enfant et son père ou sa mère, il y a indubitablem ent des gè n es en com m un, une hérédité qui s'exprim e, mais aussi des affinités con s­ cientes ou inconscientes. De génération en génération 61

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se transmettent des récits, des valeurs et d es im ages du «clan» auquel on appartient. Un parent est toujours façonné par son histoire familiale. Lorsqu'il est confronté aux cap rices d e son enfant, la m anière dont il définit les limites qu'il lui donne ou non n 'e st jam ais anodine. Un père et une m ère sont en partie conscients d e c e qu'ils souhaitent ou pas pour lui. Ils peuvent se dire: «Je ne veux p as faire c e q u e m a m ère faisait», ou : «Notre père s 'y prenait com m e ç a et c'é ta it p as si mal»... Il serait illusoire d e croire que l'o n rejette ou l'o n a cce p te totalem ent l'héritage éducatif de ses parents. Un adulte fait des allers-retours constants entre c e qu'il gard e et ce qu'il rejette. Tout dép e n d d e la période qu'il traverse, de son âge, d e sa situation professionnelle et des événe­ ments qui sillonnent sa vie. Cependant, le com porte­ m ent d 'u n père ou d 'u n e m ère vis-à-vis d e son enfant n 'e st p as toujours aussi facilem ent d é co d a b le parce qu'il reste im prégné d e non-dits ou d e conflits latents qui remontent très loin. Petit, un parent a parfois vé cu un com plexe d'infériorité ou a ressenti sans en avoir pleine­ m ent conscience un fort sentiment d e jalousie ou de manipulation. Il a pu servir d e m odèle pour ses frères et soeurs. Il ne s'e st alors p as rendu com pte des effets à retardem ent sur sa vie ou sur celle des autres, com m e la volonté ach arn é e d'être bon partout ou le besoin d e

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ga gn e r b e a u co u p d 'a rge n t pour pouvoir se réaliser et s'affirmer. Le rang q u 'u n parent occu p ait dans sa fratrie influence égalem ent sa m anière d'entendre les c a ­ prices d e son enfant. C 'e st le c a s du père d e Raphaël qui ne peut s'e m p ê ch e r d e surprotéger son petit der­ nier: a u m êm e âge, lui-même se sentait très impuissant par rapport à ses aînés. De m anière générale, les liens q u 'u n parent entretenait tout petit a v e c son entourage peuvent guider dans un sens ou d ans un autre ses réac­ tions face aux scènes d e ses propres enfants. Avait-il des amis et des grands-parents? Était-il c a sa n ie r? Était-il autorisé à avoir d es activités ou p a s ? Sa famille étaitelle paisible ou agitée par des conflits? S'est-il construit des repères par rapport à des m om ents d e bonheur ou en fonction d e contradictions ou d e haines fam iliales? Ses propres parents attendaient-ils b e a u co u p d e lui? Les réponses à ces questions dessinent des relations très différentes entre les adultes et leurs enfants. =€> Un couple, deux visions

Un couple est fait d e deux enfances rassem blées: c h a ­ cun apporte ses b a g a g e s et doit com poser ensuite a v e c l'autre et son histoire. Par exemple, si sa propre m ère était très m aternante, un père s'o c c u p e ra peut-être peu d e son petit enfant au grand dam de

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sa com p agne. Or, c 'e st une évidence ancrée en lui depuis son plus jeune â g e : les fem m es s 'y prennent b e a u co u p mieux que les hommes... Si le com porte­ m ent des parents envers leur enfant se nourrit d e leur relation à leurs propres familles, il est aussi conditionné par les questions q ue ch a cu n se pose sur l'histoire d e l'autre. Une m ère qui volt le père d e son enfant le gâter excessivem ent se dem andera s'il a b e a u co u p souffert d 'a voir été élevé d ans une famille m odeste. Elle fer­ m era alors peut-être les yeux sur une attitude qui stimule pourtant bien des caprices... Un couple, c 'e st une cohabitation d e deux Incons­ cients et d e deux réalités. O n a toujours en tête une cer­ taine représentation d e c e q ue doit être un parent et une certaine idée d e c e que son conjoint attend d e soi et vice versa. Tout d é c a la g e entre cette im age à laquelle on aim erait correspondre et la- réalité est diffi­ cile à accepter. L'un peut aussi mal vivre la situation professionnelle plus élevée d e l'autre. Cette insatisfac­ tion, ponctuelle ou pas, peut rendre l'enfant plus fragile, sensible à l'é ch e c, et augm ente la nervosité du parent devant les scènes répétées d e son enfant. Parfois, l'un des conjoints ne se sent p as à la hauteur parce qu'il subit les reproches d e l'autre. Un père par exem ple se m et à parler a ve c agressivité à la mère de

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son enfant: « C 'e st ton fils qui hurle !» Elle peut alors pen­ ser qu'il la considère com m e seule responsable des sautes d'hum eur d e leur enfant. À d'autres moments, les deux parents culpabilisent parce que, absorbés par d es p assages difficiles d ans leur vie d e couple, ils m an­ quent d e disponibilité d ans leur tête. Déstabilisés, ils transm ettent involontairem ent leur m alaise à leur enfant, véritable petite «ép onge» d e leurs tensions. Q uoi q u 'o n fasse, dise ou omette, un enfant est per­ m éable aux ém otions exprim ées ou refoulées par ses parents, à ce qu'ils redoutent, ne veulent pas montrer ou sous-entendent. Ainsi, tout discours positif ou négatif du couple sur son vé cu familial - «Pourvu qu'il ne res­ sem ble pas à son oncle Albert!» - est toujours avide­ m ent absorbé par l'enfant. ■=*> Il était une fois la venue d'un enfant

Passer a u statut d e parent, c 'e st se sentir créateur d 'u n e génération. C 'e st un m om ent fort où son histoire familiale est ravivée. Lorsque leur enfant vient au m onde, certains parents croient inconsciem m ent qu'ils prennent la p la ce d e leurs parents en les faisant basculer d ans une autre génération et le vivent d ou ­ loureusement. Or, si leurs propres parents leur ont d on né la c h a n c e d e se détacher d'eux, d'exister

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par eux-m êmes, d e nourrir leur im agination, d'aller d e l'a va n t et d e se sentir intellectuellement à la hauteur, la relation q u 'u n père ou q u 'u n e m ère établit a ve c son enfant sera d 'a u ta n t plus sereine et paisible. Sans cul­ pabilité ni com plexe excessif, le parent donnera moins d e prises aux caprices. Avant la naissance d e leur enfant, les futurs parents ima­ ginent souvent sa personnalité et son physique mais aussi les détails d e leur vie à trois. Une m ère son ge à son b éb é et idéalise leur future relation, notam m ent à par­ tir d e tout c e qu'elle sait sur sa lignée et celle d e son com p agnon. M ais q u an d son enfant naît et com ­ m ence à grandir, elle découvre ces m om ents inévi­ tables d 'énervem ent et d'injustice vis-à-vis d e son enfant. Elle vit mal le fait d 'être en contradiction a v e c elle-même. D e tem ps à autre, certaines mères ont beau se féliciter d 'a vo ir trouvé la bonne astuce pour faire cesser un caprice, elles se dévalorisent q u an d m êm e à d'autres m om ents par m anque d e confiance en elles. Or, l'enfant qui se construit le fait a v e c sa mère, celle qui est physiquem ent présente à ses côtés mais aussi celle dont l'im aginaire se nourrit d'im ages, par exem ple la pensée d 'être une bonne ou m auvaise m ère ou d 'a voir fait un enfant «raté» ou «réussi». C e dernier ressent son m alaise et ses doutes et y réagit à sa façon.

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Le désir ou non d 'e n fa n t a aussi son im portance. Au m om ent d e sa conception, par exemple, l'un des parents peut avoir désiré un enfant alors q ue l'autre n'était p as prêt. D e nom breux mois plus tard, le premier se sentira assailli par les sautes d 'h u m e u r d e son «héri­ tier» dont il supportera difficilement les caprices. Les circonstances d e la grossesse et d e l'a c c o u c h e m e n t - la n aissan ce d 'u n enfant prém aturé, l'a b se n c e ou la p résence du père, ou la nécessité d 'u n e césarienne sont tout aussi essentielles. Et pour ca u se : elles créent du stress et d e la culpabilité. «Pourquoi ce la m 'arrive à m oi?», se d e m a n d e la m ère dont l'enfant est pré­ m aturé ou m alad e à la naissance. Du coup, il sem ­ blera norm al aux parents d e faire preuve d 'u n e gra n d e com préhension fa ce aux ca p rice s d e leur enfant. C ep e n dan t, après une période d e co m p a s­ sion - « C 'e st norm al q u 'il soit si capricieux, il a telle­ m ent souffert» -, ils redressent souvent la barre en réalisant q u e leur bout d e ch o u en a profité pour leur rendre la vie infernale ! Hélas, une grossesse ne se passe p as toujours très bien. Fragilisée par son état, la future m am an pourra p ar la suite avoir te n d an ce à trop protéger son enfant ou au contraire à s'e n détacher un peu, suscitant d ans les deux c a s des scènes d e sa part.

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=S> «Plus tard, il sera...»

Tout à leur bonheur d e fonder un foyer, les parents échafaudent souvent mille projets pour leur enfant qui o c c u p e désorm ais une p lace centrale au sein d e sa famille : tout se construit autour d e lui. Il est devenu l'enjeu d e la réussite d e ses parents. Sans en avoir conscience, ces derniers ont parfois des attentes excessives et dém esurées, voire préjudiciables pour leur enfant. C ertains parents p euvent avoir une revanche à prendre parce qu'ils ont été «cassés» par leurs propres parents ou privés d 'u n certain nom bre d e choses, faute d e m oyens ou à ca u se d e principes d 'é d ucation . D ans l'avenir qu'ils dessinent à leur enfant, ils le voient deve­ nir c e qu'ils n 'o n t p as eu la c h a n c e ou la ca p a cité d'être. Ils lui prêtent leurs am bitions contrariées. Ils ne lui reconnaissent p as d e désir propre. Résultat: ils font d e lui un enfant peu capricieux mais soum is et passif, voire excessivem ent sa g e et timide. Em pêché d e prendre des risques ou d es initiatives, c e dernier, porteur d e leurs propres désirs, ne pourra s'épanouir. Ju sq u 'a u jour peut-être où sa révolte prendra des allures impression­ nantes d e ca p rices... Tous les parents sont enclins à considérer leur b éb é com m e la «merveille du m onde» et com m e un prolon­ gem ent d'eux-m êm es. Certains parents prennent aussi

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Ce qui se joue côté parents

b e a u co u p d e plaisir à se reconnaître dans leur enfant. Ils le regardent faire une bêtise ou un cap rice et ne peuvent s'e m p ê ch e r d e penser: «M oi aussi, j'étais com m e ça.» Ils sont contents d e voir q ue leur enfant a du caractère. Ils sont flattés lorsqu'il tient tête. À leurs yeux, a v e c une telle personnalité, il ira loin ! Sous l'influence d e la société d e consom m ation, cer­ tains parents peuvent être tentés d e pousser leur enfant à ressembler aux clichés d e la publicité et d e la m ode. C 'e st le ca s par exem ple de jeunes cadres à l'ascension sociale fulgurante et dont les valeurs sont axées surtout sur l'argent. Ils mettent alors en scène leur enfant «ver­ sion marketing» au service d e leur e g o et d e leur réussite personnelle. Ils font ainsi éclore des personnalités d 'e n ­ fants gâtés, capricieux et en ap p are n ce sûrs d'eux.

ü Sous le regard des autres =t> Scènes de fam ille

Face à un premier enfant, un parent n 'e st jam ais très sûr d e lui. Il ressent souvent un sentiment d 'in co m p é ­ tence. Les observations ou les petites pointes d e ses proches n'arrangent rien. Elles touchent bien plus les parents que celles d 'u n quidam . Elles sont plus lourdes 69

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d e conséq uences parce qu'elles sont proférées par des personnes qui com ptent dans leur entourage ou qu'ils sont am enés à revoir. Par moments, elles ont le don d e les attrister, d e les vexer ou d e les mettre en colère. Si l'on se sent remis en question dans son rôle d 'é d u c a ­ teur et s'il existait déjà un «contentieux familial» entre un parent et son proche, la situation risque d e s'envenimer. Le parent saisira au vol la critique qui lui est faite pour rebondir vivem ent sur un conflit récurrent. Tout d épend aussi d e la personne qui fait le com m entaire et où l'é ch a n ge a lieu. Selon les liens d e san g ou les affinités qui l'unissent à un proche, un parent réagira différem­ ment. O n n 'a c c e p te p as d e la m êm e façon les com ­ mentaires d e la fem m e de son frère et ceux du cousin de son mari. De même, les parents prendront d 'a u ta n t plus mal une rem arque faite sur le com portem ent capricieux d e leur petit «monstre» que le donneur d e leçons se trouve... chez eux. Plus les parents ont l'esprit d e contra­ diction et une forte estime d'eux-m êm es, moins ils sont sensibles au regard d e leurs proches. M ais ils sont inégaux en ressources q u an d il s'a g it d e faire face à des com ­ mentaires blessants ou à des critiques d e la part de leur entourage. Colère ou tristesse suscitées par des proches peuvent ainsi contribuer à déstabiliser des parents. Or, le cap rice se nourrit toujours d e l'insécurité am biante...

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Ce qui se joue côté parents

=*> Parents et grands-parents en concurrence

Les grands-parents ont une situation à priori confor­ table: ils peuvent profiter d e leurs petits-enfants sans avoir la ch arge d e leur éducation. C ependant, certains ont tellement envie d e recevoir leur visite le plus sou­ vent possible, qu'ils n'hésitent p as à les chouchouter un peu trop. Sans vraim ent le réaliser, le grand-parent peut m êm e aller au-devant des cap rices d e son petit-enfant en accum ulant des c a d e a u x ou en lui proposant un tas d'activités. C onsé q u en ce : en réalité ou seulem ent dans l'im aginaire d e ses parents qui en sont convain­ cus, c e dernier se com portera d e m anière plus capri­ cieuse à son retour. Lorsqu'ils gâtent excessivem ent leurs petits-enfants, les grands-parents peuvent être inconsciem m ent motivés par le désir d e se faire aim er et d 'être mis sur un pié­ destal. Pas évident lorsqu'on est parent d 'a vo ir à se dépatouiller a v e c c e type d e situation ! Jaloux d e l'a u ­ torité d e la jeune mère, les grands-parents ne lui a c ­ cordent parfois aucun crédit: «Elle ne l'élève pas com m e il faudrait!» C onvaincus d 'a vo ir raison, ils s'adressent m êm e directem ent à l'enfant: «Ah, tiens, ta m ère t 'a laissé faire ç a !» Les tensions familiales.en sont attisées: l'enfant les subit m ais peut aussi apprendre à manipuler les uns et les autres pour obtenir c e qu'il veut...

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D e leur côté, les grands-parents rigides, qui ne tolèrent aucun cap rice d e la part d e leurs petits-enfants, sont souvent stimulés par le m êm e moteur: le m anque d e confiance dans les jeunes parents. En fait, ils envient parfois l'expérience q ue vont vivre ce s derniers pour la première fois et qu'eux-m êm es, devenus trop vieux, ne pourront plus connaître. Si les grands-parents s'éloi­ gnent d e leur rôle, un m alaise s'installe d ans la famille. Lorsque les parents abdiquent devant e u x l'enfant n 'e st p as dupe : il saisit bien dans quel sens p en ch e la b alance du rapport d e force. Si les grands-parents sont trop exigeants, peu affectueux et rigides a ve c un enfant, il en éprouvera d e l'angoisse qui peut se traduire par des caprices. Loin d e l'interpré­ ter sous cet angle, les grands-parents en déduiront qu'ils ont affaire à un enfant insupportable, ils auront alors des réticences à l'inviter à nouveau. D'ailleurs, il existe des petits malins qui leur rendent volontairement la vie impos­ sible pour ne plus avoir à remettre les pieds chez eux... L'idée qu'il est devenu simple d'élever un enfant et qu'il n 'a pas d e raison d e faire des cap rices puisqu'il a tout pour être heureux fait parfois aussi partie des con vic­ tions des anciennes générations. Les grands-parents ne sont p as tous conscients des soucis inhérents à la vie actuelle. Certains sous-estiment les difficultés du quoti­

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dien d 'u n parent en ne regardant que par un bout d e la lorgnette: «Tu te rends com pte tout c e qu'ils ont à leur disposition pour élever leurs enfants, m aintenant!» Aujourd'hui, les grands-parents ne sont plus la réfé­ rence. Actifs plus longtem ps, ils ne sont plus aussi pré­ sents auprès d e leurs petits-enfants qu'autrefois pour com m uniquer leur savoir. D e plus, les parents veulent désorm ais être les «piliers» d e leur cellule familiale, ceux qui transmettent à leurs enfants c e qu'ils souhaitent, hors du regard des grands-parents. =f> D an s la rue ou d an s le bus

Dans le bus, dans une boutique, au superm arché ou au square, le cap rice d e votre enfant est soumis au regard des autres. Il fait une grosse scène en pleine rue et inévi­ tablement, sur votre passage, des gens se retournent: du coup, vous vous sentez très gêné... En présence d 'in ­ connus et loin d e l'intimité sécurisante d e la maison, un parent est plus vulnérable et a l'impression désagréable d'être jugé. Il pense qu'il donne à voir aux autres son incapacité à gérer la «m auvaise» conduite d e son enfant dont il est responsable puisqu'il est chargé d e son éducation. C e qui m et mal à l'aise un parent, c e n'est pas tant le regard des autres sur la scène qui se joue, que c e qu'il ressent et im agine en lui-même... Il a souvent le

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sentiment qu'il gê n e parce q u 'u n caprice est une réac­ tion bruyante. C 'e st aussi sa com pétence d e parent sa cap acité à savoir se faire respecter et à apprendre à son enfant à se com porter «en bon citoyen» qui est en cause. Le petit capricieux qui pique une colère n'est pas dupe du trouble qui peut envahir son père ou sa m ère lorsqu'ils se trouvent dans un lieu public. Il est possible qu'il aille jusqu'au bout d e sa crise parce qu'il se sent débordé par sa propre agressivité. M ais il peut aussi par­ fois se calm er et adopter un profil bas pour protéger son parent d 'u n e éventuelle hostilité am biante... Aujourd'hui, le bus est particulièrem ent bondé. La mère d'Élise, 3 ans, et d e Sam, 5 ans, tente vainem ent d e les em pêcher d e m onter sur leurs sièges. Un monsieur debout lui assène d 'u n ton sec qu'elle aurait mieux fait d e ne p as prendre le bus. Difficile dans ces cas-là de rester zen... Heureusement, b e a u co u p d e personnes sont aussi extrêmem ent com patissantes. M ais il existe des ge n s intolérants à tout â g e et des râleurs qui ont toujours leur m ot à dire. Ils ne com prennent p as q u 'u n cap rice exprime avant tout l'insatiable dynam ism e d 'u n enfant. Ils ont souvent une conception très rigide d e c e que doit être un enfant. S'il incom be à un parent le devoir d 'é d u q u e r son bout d e chou d ans le respect des règles d e la vie sociale, il doit aussi oser s'affirmer et

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s'autoriser à répondre aux bougonneurs pour «restau­ rer» son im age à ses yeux et à ceux d e son enfant. Il n 'a p as à subir en victime leur regard désapprobateur. Rien d e plus normal q u e d e s'excuser pour le bruit o ccasion n é par une scène, en particulier si d ans son élan votre enfant bouscule des personnes â g é e s ou d'autres voyageurs. C ela perm et par la m êm e o c c a ­ sion d e lui montrer q ue vous êtes responsable d e lui. Il com prend q ue certaines limites ont été dépassées et qu'il faut s'e n excuser. A m en d e honorable faite, pour­ quoi ne p as désam orcer des critiques agressives en dem andant un co u p d e m a in ? Votre enfant y verra sans doute un bel exem ple d'entraide. =*> So u s l'œ il de la société

«On entend moins hurler d ans les m agasins ou pleurer dans la rue qu'il y a vingt ans», constatent certains adultes qui se souviennent d e leur propre expérience d e mère ou d e père lorsque leur enfant était petit. Q ue cette impression soit fondée ou non, une chose est cer­ taine: les parents répondent plus q u 'a v a n t aux besoins d e leurs enfants. Ils savent les écouter et les nourrir a ve c des histoires de toutes sortes. Ils leur font découvrir, g râ ce à des jeux les règles et le fonctionnem ent d e la société. Les parents encadrent mieux leurs enfants qu'avant.

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Ils sont plus entraînés à «dire», à expliquer les dangers de la rue par exemple, et sont relayés ou stimulés à ce niveau par l'école, plus ouverte sur la vie et le m onde q u 'a u p a ra va n t pour développer un esprit citoyen. L'ép oq u e où l'o n était ch o q u é par certains m anques à des principes d 'é d u c a tio n - lorsqu'un petit enfant chantait à table - est révolue. La société a c h a n g é son regard sur les parents et les enfants. Elle est plus tolé­ rante a v e c la spontanéité des petits. Elle accueille désorm ais a v e c am usem ent les réflexions d es bam bins et s'extasie devant leur éveil précoce, les présentant com m e d es petits futés qui pourraient bien supplanter leurs parents. Parallèlement, elle véhicule des préjugés qui ne font p as q ue du bien à la relation parent/enfant. Il est adm is par exem ple qu'«il n 'e st p as hum ain d e lais­ ser pleurer un enfant». D ans un lieu public, devant son rebelle en larmes, le parent un peu affolé souhaite alors q ue le ca p rice soit vite résolu com m e si i'air du tem ps lui im posait son diktat. Des pensées d ésagré ab les lui traversent l'esprit : « Et si on pensait que je maltraite m on enfant?»... La société exerce ainsi une forme d e pres­ sion sur les parents. Elle im pose à l'im aginaire collectif sa vision du rôle d 'u n père ou d 'u n e mère. D ans son idéal d e conform ité culturelle, d e perfection et d e civi­ lité, les couples m odèles sont jeunes, gais et souriants

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a v e c un droit limité à l'erreur. Les parents restent très mal vus q u an d ils élèvent des enfants «ratés», c'e stà-dire irrespectueux et capricieux !

L'essentiel L’histoire familiale d ’un parent influence son com por­ tement face aux caprices de son enfant. I l D ans un couple, ch acu n doit com poser ave c le vécu, l’im aginaire et la personnalité de l’autre. Chaque parent a une im age de ce que doit être un père ou une mère et la confronte à la réalité. I l Le désir ou non d ’enfant, les circonstances de l’a c ­ couchem ent et de la grossesse instaurent un climat au sein du couple auquel les enfants réagissent. I l Certains parents projettent excessivem ent leurs attentes sur leur enfant au risque de gom m er ses propres désirs. S Les critiques des proches créent des tensions ressen­ ties par les enfants.

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ïïs Les grands-parents qui s’éloignent de leur rôle

attisent les scènes de leurs petits-enfants. Les caprices en public déstabilisent un parent car il croit que sa com pétence est en jeu. K La société donne une im age idéalisée d ’un père ou d ’une mère. Elle exerce sur eux une pression qui ne les aide pas toujours à juguler les caprices.

Les pièges à éviter Sa n s le réaliser, en réagissant à un caprice, les parents peuvent adopter d es attitudes ou des propos inefficaces ou préjudiciables à leur enfant. Il est utile de les décrypter pour ne p a s se laisser piéger.

là Frapper =t> Un acte de violence

Lorsqu'un parent frappé son enfant c 'e st souvent sous le co u p d e la colère ou d e l'énervem ent et pour affir­ mer son autorité. Il se peut aussi q u 'u n e mère, par exemple, ait des reproches à faire à son conjoint absent. Elle les retourne alors contre ses enfants qui sont, e u x physiquem ent là. Parfois, le recours à la fessée c a c h e une peur des parents: il leur est impossible d e mettre en p lace d'autres punitions, le priver d e télévi­ sion entre autres. À leurs ye u x elles le frustreraient trop.

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Un parent n'est jamais à l'abri d 'u n e «défaillance»: il est tout simplement un être humain. Un caprice d e votre aîné survient après une journée stressante d e travail alors que le dîner m enace d e brûler sur le feu et q ue le petit dernier a besoin d e votre aide pour sortir du bain. Vous pouvez alors avoir l'impulsion d e laisser partir votre m ain... Évidem m ent la fessée n'est jamais une bonne solution, d 'autant plus qu'elle est inefficace! Lorsqu'un parent se met hors d e lui et donne une fessée pour se soulager, il produit un ch o c sur son enfant qui, d 'a b o rd surpris, stoppe les manifestations d e son caprice. Puis, par crainte, il se soum et a ve c am ertum e et rancune ou, au contraire, pour exacerber sa peur, il continue et le pro­ voque encore plus. La fessée à répétition, instituée com m e un système éducatif, a des effets pervers et déroutants pour l'enfant. À force d'être battu, celui-ci se blinde. Il guette m êm e cette violence, éventuellement il la provoque, le défiant d 'u n «m êm e pas mal». Il ne veut surtout pas perdre la face et se montrer affaibli aux yeux de son père ou de sa mère. C 'e st tout le corps du parent qui parle quand c e dernier administre une fessée. Il y a l'élan agressif vers l'enfant juste avant le p assage à l'acte. Il y a aussi ce regard m auvais q u 'o n lui lance parce q u'«on n 'e n peut plus d e son caprice». C ep e n ­ dant on peut estimer q u 'u n e fessée est plus facilement

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Les pièges à éviter

acceptable et pardonnable lorsqu'elle est exception­ nelle et que le parent était vraiment très en colère. =§> Il n'y a p a s que la fessée...

Frapper, ce la peut être bien autre chose q u e la clas­ sique fessée. Tous les cou p s sem blent permis lorsque l'on est sous l'em prise d e ses ém otions: tordre ou pincer un bras, tirer les cheveux, voire griffer ou mordre... il est normal q u 'u n tout-petit ait envie d'exercer sa force. Il tap e très fort pour explorer, il prend du plaisir à faire du bruit et teste les réactions d e ses parents, qui se doivent d e lui im poser des limites. C ependant, rendre co u p sur co u p est totalem ent incohérent. Par son atti­ tude, le parent se m et au m êm e niveau q u e son enfant et, sans en prendre conscience, lui donne l'exem ple qu'il ne souhaite p a s qu'il suive! En frappant un enfant, on l'incite à être agressif et on l'autorise à se défendre et à com m uniquer par la force physique. Si d e surcroît la «correction» est infligée en public, elle ne fera q ue susciter des sentiments traum a­ tisants: d e la peur, du ressentiment, d e l'humiliation ou d e la honte. O n volt pourtant encore, au square par exemple, des parentsirattraper leur enfant qui s'é c h a p ­ pait en hurlant et le traîner jusqu'à un b a n c pour lui administrer «la raclée qu'il a bien cherchée». 81

C'est pas bientôt fini ce caprice ?

Après avoir frappé son enfant, un parent regrette très sou­ vent son acte. Il est bon d e s'excuser de s'être emporté. Il ne faut pas hésiter à reconnaîfre que son enfant méri­ tait sans doute une autre sanction. M ais il est important d e ne pas s'excuser d e l'avoir grondé. C ela équivau­ drait à annuler la sanction. Mieux vaut mettre les points sur les /: «Je m e suis énervé(e) mais c e que tu as fait et dit reste inacceptable.» Il est tout aussi incohérent d e faire des câlins à son enfant juste après l'avoir frappé. Il a le sentiment qu'il n'est là que pour répondre à l'agressivité d e ses parents et être un objet d e consolation. =§> U ne tap e sou s conditions

C ependant, il ne faudrait p a s confondre frapper un en­ fant et donner une petite ta p e sur les fesses. C e que craignent ceux qui s'o p p o se n t à la fessée, c 'e st le p a ssa g e progressif ou le d é ra p a g e incontrôlé d 'u n e ta p e à une «bonne rouste». Heureusement, les parents ont en général une force m orale qui fait qu'ils ne fran­ chissent p as c e seuil. D ans la fessée, il y a une form e d 'a ch a rn e m e n t «sadique» et d e défoulem ent qu'il n 'y a p a s d a n s la ta p e sur les fesses. M êm e si elle n'est jam ais une b on ne réponse à un caprice, une ta p e qui ne l'hum ilie p a s m ais qui dit stop à l'exagération d e l'enfant et à l'exaspération d e l'adulte est acceptable. 82

Les pièges à éviter

C e p e n d a n t elle n 'e st jam ais «à recom m ander»: elle reste toujours un é c h e c d ans la com m unication entre un parent et son enfant. Sensibilisé aux m essages sur la maltraitance, un parent sent bien au fond d e lui que soumettre son enfant par la force n 'e st p as constructif. Il ne l'a id e p as à avoir une bonne estime d e soi. L'enfant perd non seulem ent confiance en lui-même mais aussi en son parent qui n'assure p a s son rôle d e protection. À force d 'a vo ir été soumis, il n 'o se plus rien dem ander tant il est convaincu que ses parents vont refuser. Le recours à la violence physique fait d e l'enfant un adulte peu sûr d e lui qui anticipe l'é ch e c. D e surcroît, la colère du parent a un effet d e surenchère. Elle ne peut q ue renforcer celle d e son enfant. Lorsqu'un père ou une m ère se m et à crier contre lui, c e dernier peut se mettre à hurler plus fort, par provocation ou poür résister à ces cris qui lui font perdre ses repères et le plongent dans l'insécurité.

i Céder Céder, c 'e st déjà être en état d e «crise». Lorsqu'un parent a le sentiment qu'il cède, c 'e st qu'il a bien essayé d e résister auparavant. M ais voilà : il n 'a pas pu 83

C'est pas bientôt fini ce caprice ?

s'e n tenir à la décision qu'il avait prise d e dire «non». Le parent qui dit «oui» im médiatement, au premier hurle­ m ent un peu trop sonore, n 'a p as pris, lui, la peine d e céder: il a c c è d e tout d e suite au désir im m édiat de l'enfant. Parfois m êm e il le devance. Il faut autant que possible éviter cette attitude qui favorise les caprices. Il est toujours préférable d e laisser passer du tem ps entre le désir d e l'enfant et sa satisfaction éventuelle. S'il réclam e un pain au ch ocola t à l'heure du déjeuner, vous pouvez lui faire entendre que c e n 'e st p as le bon m om ent mais qu'il en aura un pour le goûter. Bien sûr, on peut d e tem ps en tem ps exaucer la d em and e expresse d 'u n bout d e chou parce q u 'o n a envie d e lui faire plaisir ou parce q u 'o n estime q u'elle peut être acceptée. Il y a m êm e des circonstances où il est com préhensible ou norm al d e céder. O n est à bout, épuisé ou pressé. Parfois aussi, son enfant est injus­ tem ent frustré ou il a du chagrin. Il est m alade ou alors vous lui avez b e a u co u p m anqué parce que vous êtes partis en vo ya ge et vous a cce p te z d e lui acheter le doudou qu'il réclam e. C éd e r peut être alors une com ­ pensation ou une m anière d e réparer. Appréciez au co u p par co u p s'il est opportun d e le faire et votre enfant com prendra qu'il ne doit p as s'attendre à c e q ue vous cédiez ch a q u e fois. 84

Les pièges à éviter

C e p e n d a n t dans la grand e majorité des cas, mieux vaut s'e n tenir à c e q u 'o n a dit et ne p as y revenir. C éd e r n 'e st pas grave en soi, mais tout d ép e n d d e la m anière dont on s'e n remet. Un enfant perçoit les hési­ tations et les dilem m es d e ses parents lorsqu'ils se sentent cou p ab le s d 'a vo ir cédé. Il sait q ue son père ou sa m ère peut penser: «Je suis trop faible» ou «Je ne tiens p as m a parole». L'im age idéalisée du parent infaillible en prend un co u p et il cultive alors une m au­ vaise estime d e lui-même. Il en veut à son parent d 'a vo ir cé d é : il supporte mal d e ne p a s le sentir fort et invincible com m e il aimerait qu'il soit pour le protéger. De son côté, le parent en veut à son enfant, d 'a u ta n t plus si son conjoint lui fait des reproches. Il a l'impression d 'être harcelé et d 'a vo ir dit «oui» sous la pression d e l'attitude tyrannique d e son rebelle. En fait, il anticipe ses réactions et im agine d 'a v a n c e que c e dernier va encore lui réclam er telle ou telle chose. Si un cap rice se produit, le parent est alors renforcé d ans ses projections et ses attentes. Un cercle vicieux s'instaure en m êm e tem ps q u 'u n climat épouvantable...

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' Menaces et chantages «Si tu n'arrêtes p as ton caprice, tu n'iras p as à la pis­ cine.» Les parents l'avouent sans peine: leur arm e fatale, c 'e st la m enace. Ils l'utilisent souvent ca r ils savent q ue leur enfant y est sensible. Avant d e mettre en application une sanction, il est essentiel d e prévenir un enfant. Il sait ainsi à quoi il s'expose, et c e qu'il risque s'il ne respecte p as les limites qui lui sont im posées. M ais attention: m enacer sans appliquer la sanction q u 'o n a é n o n cé e en c a s d e nonrespect d e la règle ne sert à rien. Le parent est alors totalem ent discrédité et l'enfant sait qu'il peut recom ­ m encer ses caprices. Mieux vaut d o n c ne p as formuler une sanction que l'o n ne pourra p as tenir. Les m enaces deviennent vraim ent préjudiciables q u a n d elles créent d e l'insécurité. Lorsqu'un père ou une m ère laisse entendre à son petit capricieux q u 'il va s'e n aller, qu'il va le laisser seul a ve c les loups ou l'envoyer à la cave, son enfant ne com ­ prend pas que ces propos ne sont p as à prendre pour argent com ptant. Philippe se souvient q u 'à 4 ans ses parents lui avaient promis une grosse p ièce à condition qu'il cesse d e réclam er à grands cris les jouets d e sa soeur. Des années 86

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plus tard, il ressent encore l'impression d ésagréab le d e s'être fait acheter. S'il est souvent renouvelé, c e type d'attitude n 'e n co u ra ge p a s un enfant à faire les choses sans esprit d e calcul. Pire : ce la risque d e lui donner pour exem ple un m odèle fondé sur la corruption et la m ani­ pulation. A ve c le chantage, le sentiment de ne p as être considéré com m e une personne est fort chez l'enfant. Il se sent rabaissé, injustement traité et dévalorisé. Plutôt q ue d'établir une relation d e m a rch a n d a ge où c 'e st «donnant donnant» - «Si tu fais ça, je t'achèterai une Barbie» -, il est plus sain d e présenter la situation sous un an gle stimulant: «Q uand tu auras fini d e ranger ta cham bre, nous irons au ciném a.» D e m êm e que dire «Promets-mol q ue tu ne recom m enceras jam ais» est une formulation inefficace, ca r votre enfant vit surtout d ans le présent et a du mal à se projeter d ans le futur. Une chose est certaine': une carotte agitée d e tem ps en tem ps - «Tu a cce p te s d e lâcher le livre d e ta sœ ur et après je te donnerai un bonbon» - fait plaisir et calm e le jeu si elle n 'e st p as utilisée à tout bout d e cham p, alors q u e les m enaces et le ch a n ta ge répétés jouent sur l'angoisse d e l'enfant, sur sa confiance en soi et ne font qu'attiser en lui des sentiments d e colère. De plus, il lui faudra un tem ps plus ou moins long selon sa personnalité pour retrouver sa joie d e vivre. L'attitude

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qui consiste à lui dire «Si tu ne cesses p as cela, je ne t'a i­ merai plus» est particulièrem ent déstabilisante pour lui. Pour se construire, un enfant a besoin d 'être rassuré sur l'affection que lui portent ses parents. C et am our ne doit pas être remis en cause, ca r il stimule l'envie d e leur faire plaisir et d e réussir c e qu'il entreprend.

& Bonnes ou mauvaises punitions =î> D es sanctions sur m esure

Selon les moments, un parent est forcém ent obligé d e naviguer entre céder, m enacer et punir. M ais il ne faut jam ais lier la crise à un besoin vital d e l'enfant. En lui intimant l'ordre d 'aller se cou ch er ou en le privant d e dessert parce qu'il a fait un gros caprice, on associe le sommeil - réparateur et indispensable au bon fonc­ tionnem ent d e l'organism e - ou le dessert - un besoin alimentaire pour l'enfant - à une punition. Rien d e sur­ prenant si m anger ou dormir ne suscite p as chez lui un grand enthousiasm e par la suite... Une punition est parfois totalem ent inadaptée. Priver d e dessins anim és pendant une sem aine un enfant d e 4 ans qui n 'a pas encore intégré la notion d e temps, c 'e st une sanction excessive. Plus un enfant est petit et 88

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plus la punition qu'il reçoit doit être d e courte durée et suivre d e près le caprice. C e serait égalem ent aberrant d e supprim er le rituel du soir, la petite histoire avan t le coucher qui sécurise votre enfant. Pour être éducative, il faut que la sanction soit bien d osée et équilibrée: une petite punition pour un petit caprice, une grande pour un gros caprice. L'enfant doit pouvoir surmonter l'épreuve qu'il subit et conserver tout son optimisme. Par exem ple: à 4 heures, substituer aux carrés d e ch ocolat habituels une tartine d e confiture sans annuler le goûter lui-même, ou, le soir, réduire le tem ps d e jeu d ans le bain sans l'e n priver totalement. Une sanction doit aussi respecter les capacités d 'u n enfant et avoir un sens par rapport à son univers et à ses centres d'intérêt. O n peut ainsi décider que son benja­ min d e 3 ans n'ira au square q u 'ap rès le goûter et non avant com m e prévu, e t'q u e le plus grand verra la gale­ rie des dinosaures plus tard dans la semaine. Il est essen­ tiel d e leur préciser q u 'o n les prive d 'u n petit m om ent partagé a ve c leur parent mais en aucun ca s d e son affection et d e sa considération qui, après coup, leur sont toujours «restituées». Selon l'â g e d e chacun, on peut aussi supprimer une cassette ou un tem ps d e télévision. Un enfant a besoin d e punitions pour se décharger d e sa culpabilité. Il sait qu'il a fait délibérém ent quelque

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chose d e mal ou d'interdit. Lorsque son parent le san c­ tionne, il l'ap p rou ve secrètement. En recevant une punition adaptée, celui-ci lui restitue la possibilité d e reprendre confiance, d e restaurer une bonne im age d e lui-même et d e retrouver le d ialogue a v e c lui. Pour leur conserver un im pact et un sens, il faut autant q ue possible diversifier les sanctions. Certes, on n 'a p as toujours la tête à trouver des «punitions idéales» pour chacun. M ais ce la peut être très valorisant d 'y réfléchir un jour où l'o n se sent disponible pour ce la et de les tes­ ter. Au bout d e l'effort, la récom pense n'est p as négli­ ge ab le: un clim at familial b e a u co u p plus a gré ab le aura été restauré. ■4> Punir à bon escient

Em ployée a v e c excès, la punition en devient injuste. Le punir ne devrait avoir pour but q u e d e faire réfléchir un enfant à c e qu'il a fait et d e lui apprendre qu'il a des responsabilités. Il est aussi préférable q ue la punition soit d onnée par celui qui a assisté au cap rice d e l'enfant. C e la nécessite q u 'u n contrat d e confiance soit énon cé entre les parents et les personnes qui le gardent. La nou­ nou par exem ple fera référence à la m ère sans s 'y sub­ stituer. Il est im portant qu'elle soit autorisée à donner un certain type d e punitions qui ont été définies a v e c les

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parents. M ais il se peut que des choses plus graves soient en jeu, com m e avoir donné d es cou p s d e pied à sa nounou. Il est essentiel d 'e n informer les parents. C e sont eux qui doivent alors donner la punition. De m anière générale, sans prendre fait et ca u se pour son enfant, il est bon d e discuter a v e c lui, d e lui montrer q ue la nounou n 'a peut-être p as toujours raison m ais qu'elle a reçu des consignes d e votre part ou que tous les deux se sont peut-être mal compris. En l'a b se n ce du père et d e la mère, si les grands-parents ont la gard e d e leur petit-enfant une fois par sem aine par exemple, il est aussi légitime que les parents leur donnent un certain nom bre d e consignes qu'ils jugent im portantes pour réagir à ses caprices. Parfois, il faut sévir sans savoir qui a fait quoi et dans quel ordre les événem ents se sont passés. M arion dit qu'Eliot a été le premier à détruire son ch â te au d e sable et bien sûr Eliot soutient l'inverse: « C 'e st p as juste, c 'e st toujours moi qui prends!» S'ensuivent d e gros cap rices où ch a cu n exprime à qui mieux m ieux sa contrariété. O n peut opter pour punir les deux enfants, c e qui est injuste et insatisfaisant. Au mieux, cela perm et d e m on­ trer q u 'u n père ou une m ère n 'a p as toujours raison : l'enfant relativise la notion d e toute-puissance et le sens d e la justice d e son parent. L'aîné «prend» parfois pour

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les autres sous prétexte qu'il est ce n sé avoir intégré les régies contrairem ent à ses cadets. Plus souhaitable : la «punition

réparation»

pour les d eux enfants.

Le plus jeune des deux m et le couvert par exem ple et l'a în é co u p e le pain. Il est bon d'éviter d e jouer les adultes censeurs à tout bout d e cham p: laisser les enfants se débrouiller entre eux à partir du m om ent où ils n 'e n viennent p as aux mains est encore l'attitude qui piège le moins un parent. Rien n'interdit non plus d e dem ander à son enfant s'il a une idée pour que soit rétablie une situation plus juste. Si deux enfants sont concernés, on peut aussi proposer à ch acu n d e raconter sa version des farts. Souvent, le seul fait de les laisser s'exprim er apaise le conflit.

& Indifférence et dédain Clarisse se roule par terre en pleine rue, sous le co u p d 'u n e tornade d e colère qu'elle ne maîtrise plus. Sa mère fait mine d e poursuivre son chemin, sans m êm e lui lancer un regard ni lui adresser un mot. Elle pense dans son for intérieur: «Clarisse finira bien par se calmer,» L'enfant vit mal cette Indifférence affichée par son parent à son égard. Il se sent rejeté par ceux qu'il aim e

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le plus au m onde et c 'e st une souffrance intolérable à ses yeux. «Tu n 'e s m êm e p a s ca p a b le d e m onter sur ce to b o g g a n ! Tu pleurniches et tu fais d es ca p rice s com m e un bébé!» Il n 'e st p as rare d'entendre c e dis­ cours adressé par un parent à un bout d e chou... d e 3 ou 4 ans! Rien ne peut être pire pour un enfant q ue le mépris, le rejet ou l'indifférence d e son parent face à son caprice. C e s attitudes insidieuses et toxiques pour lui ne s'exprim ent pas d e m anière spectaculaire mais elles sont là. Lorsqu'un parent a d écid é d'ignorer un caprice, il affiche en général un ton m auvais et une mim ique d éd aigneuse qui donnent à l'enfant la sensation d'être rabaissé, il ad opte volontairem ent et «pour son bien» cette attitude blessante, parce qu'il pense qu'il va ainsi réussir à le secouer ou parce qu'il craint qu'il ne soit trop orgueilleux et en vienne à lui m archer sur la tête... Or, une dose non excessivê d'orgueil et d'am our-propre c e besoin d 'a m o u r d e soi qui est indispensable pour avan cer dans la vie - est importante, ca r elle est le cim ent d e la confiance en soi pour l'enfant qui se construit, il ne faut p as se leurrer: si un enfant qui se sent rejeté va dans le sens voulu par son père et sa mère, c 'e st alors seulem ent par peur viscérale d e perdre leur affection. Il se remettra toujours très douloureusem ent des signes d'indifférence ou d e dédain d e ses parents.

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: . Les petites phrases qui n'arrangent rien =D L'humour m al placé

«Évidem m ent tu fais ton cap rice!» Le parent pratique une forme d'hum our cinglant q u e le jeune enfant prend totalem ent à la lettre et reçoit d e plein fouet. Les subtilités d e l'ironie ou du sarcasm e d e l'adulte sont du petit chinois pour un bout d e ch ou qui n 'e st p as en m esure d 'a c c e p te r les plaisanteries sur lui-même. M ais il est sensible au ton a v e c lequel le m essage est dit et se sent dévalué. C a r ces phrases laissent entendre q ue son ca p rice ne s'arrêtera pas... «Tais-toi, parce q ue bientôt tu sauras bien pourquoi tu pleures. » D e même, lorsque le parent em ploie la raillerie, l'enfant ne sait p as vrai­ m ent c e à quoi l'adulte fait allusion, m ais il va éventuel­ lement se méfier et éviter d e s'exprimer. Toutes ces formes d'h u m ou r sont inaccessibles et douloureuses pour lui. Elles s'attaquent à son im age et diffusent en lui un sentiment d 'in ca p a cité et d'infériorité. =S> La com paraison m aladroite

« C e n 'e st p a s ton petit frère qui ferait un tel caprice, regarde com m e il est sage, lui !» C om parer les enfants entre eux ou son enfant à un autre est une attitude à bannir. En valorisant l'un, on veut parfois secouer l'autre

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Les pièges à éviter

pour créer une émulation. M ais c e n 'e st p as c e q u 'e n ­ tend votre enfant. Il sent sa personne dévalorisée, sa sin­ gularité niée et peut nourrir en lui des sentiments d e cotère ou d e haine. =l> Les reproches sur sa personne

«Tu es insupportable!», «Tu es vilain!», «Tu es très m échant!» C e sont d e grands classiques... qui ont surtout pour effet d e soulager ou d e défouler le parent à bout! O n prononce ces mots sans réaliser q ue son enfant se sent jugé en tant q ue personne alors que c e sont ses actes ou ses paroles qui sont en cause. M ieux vaut dire: « C e q ue tu fais, c e que tu dis là est inacceptable» ou «Je n 'a p p ré cie pas, je ne tolère pas ton attitude»; plutôt que: «En c e moment, tu es très vilain ou très laid» ou «Je ne t'aim e plus». O n s'entraîne ainsi à utiliser des mots ad a p té s et qui créent la dis­ ta n ce souhaitée. Il est égalem ent im portant d e ne pas présenter à son enfant une im age négative d e luim êm e en se désignant soi-m êm e com m e sa victim e : «Tu m e tues, tu m 'épuises» laisse entendre là encore q ue c 'e st sa personne qui est en jeu et non son attitude.

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=§> Le père Fouettard

«Tu vas voir, q u an d p a p a va arriver ce' soir!» Cette m e n a ce d é la m ère n 'e st p a s souhaitable p arce qu'elle fait jouer au père un rôle répressif. Il ne faudrait pas confondre ou lier respect et peur. Le père qui inter­ dit n 'e st p a s le père Fouettard. Il perm et avan t tout à l'enfant d'intérioriser des limites et d e se séparer d e sa mère. Pour éviter d e se dévaluer et d e faire jouer à son co m p agn o n un rôle qu'il n 'a p as à endosser, la m ère peut dire à son petit capricieux plein d'im patience: «Tu attends parce q ue ton p a p a avait d écid é qu'il voulait te donner le bain c e soir.» S'il est im portant que l'enfant voie que le père et la m ère exercent une autorité conjointe lorsque ses actes sont graves, il n 'e st pas nécessaire que le pater familias connaisse dans le détail tous les petits ca p rices sans im portance qui ont pu sillonner la journée d e son enfant. =t> Les étiquettes qui figent l'enfant

«De toute façon, tu as un caractère d e coch on !» ou «Tu es toujours com m e ça, je le savais, ç a ch a n ge ra jamais!»: c e type d'étiquette que l'on colle à l'enfant le conforte dans son agressivité. O n le fige ainsi dans une attitude et on cristallise les difficultés. Les enfants ont l'im­ pression qu'ils n 'on t pas d'échappatoire. Ils supportent

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Les pièges à éviter

mal ce genre de petite phrase qui s'a b a t sur eux com m e une chape, et ne leur renvoie p a s une im age positive d'eux-m êm es. Elle laisse m êm e entendre q ue leurs parents ne leur donneront pas d e ch a n ce d e changer. De là à ce qu'ils s'im aginent lorsqu'ils sont face à une dif­ ficulté qu'«ils n 'y arriveront jamais», il n 'y a q u 'u n pas...

p La fessée est inefficace : elle débouche sur la soumis­ sion et la peur. Elle donne pour modèle une communi­ cation fondée sur la violence. S? Une tape est tolérable: elle peut mettre fin à une scène mais elle reste elle aussi une réponse insatisfai­ sante au caprice. £r Céder n’est pas dramatique si ce n’est pas systéma­ tique: il faut apprécier au cas par cas s’il est opportun de faire ce choix.

Si Une sanction est à

adapter à l’â g e et aux capacités

d ’un enfant: plus il est petit et plus la punition qu’il reçoit doit être de courte durée et suivre de près le caprice. 97

C'est pas bientôt fini ce caprice ?

ô Le ch an tage peut donner à un enfant l’impression d ’être considéré com m e un «objet de marchandage». J Le mépris et l’indifférence du parent le conduisent à la révolte et à la honte. Certaines petites phrases de ses parents nuisent à sa bonne estime de soi.

Dompter les caprices sans les étouffer Savoir exercer son autorité est essentiel. Pour inventer ses propres «recettes» contre les caprices, un parent dispose aussi d'atouts importants dont il n 'a p as toujours conscience.

S Les comportements adaptés -=t> L'autorité est une nécessité

O n a tant entretenu d e confusions sur l'autorité que b e a u co u p d 'ad u lte s ne savent plus com m ent l'exercer. Un pas en a v a n t un p as en arrière : le parent désorienté pose des limites par à-coups... Les pères ou les mères au com portem ent «copain» ou «cool» refusent d e jouer les m échants, convaincus que frustrer leur enfant le rendrait malheureux. Or, c 'e st une

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C'est pas bientôt fini ce caprice ?

idée fausse: un bout d e chou intenable est en général un enfant qui a com pris qu'il est douloureux pour son parent d e poser des règles. En revanche, un enfant qui sait que ses excès seront contenus sera plus vite apaisé. Un parent a aussi parfois peur d e perdre l'am our d e c e dernier. M ais «éduquer pour être aim é» est un leurre. Un enfant ne fait p as d e caprices pour que tous ses désirs soient com blés. Au contraire, il espère incons­ ciem m ent q u 'o n l'e m p êch e d e prendre le pouvoir. Les bases d e cette autorité, le fait d e savoir dire «non» dans le respect d e sa singularité, sont à fixer très tôt, en les ad aptant à son âge. Laissez-le d o n c s'exprim er ou râler et témoignez-lui d e la com préhension tout en lui disant que vous n'adm ettez p as la m anière dont il manifeste son désir. Un défaut ou un excès d'autorité acce ntu e toujours la vulnérabilité d e l'enfant. Certes, selon les moments, un parent tend plus vers l'autoritarisme ou vers le laxisme. M ais l'essentiel est qu'il le fasse par petites touches et que son autorité, elle, reste constante. =ï> Un m e ssage clair

Il est essentiel q ue le m essage du parent à son enfant soit formulé clairement, a v e c des mots à sa portée et d e m anière stimulante. Il faut lui donner le sentiment q ue quelque chose d'im portant se joue et qu'il n'est

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p as une quantité négligeable, «écrasé» par un adulte b e a u co u p plus fort. Il est préférable d e ne pas hurler ses «ordres» depuis la douche. Il est b e a u co u p plus efficace d 'a vo ir un ton et une m im ique en accord. G ronder sans pouvoir réprimer un sourire parce q u 'o n est fier d e l'agressivité d e son enfant alim ente ses cap rices et le déstabilise. Mieux vaut le regarder d a n s les yeux a v e c un air d ésap p ro­ bateur et lui saisir le bras sans violence pour réexpliquer les termes du contrat et lui redire qu'il est inchq ngé : «Je te l'avais dit, Il n 'e n est p a s question et c 'e st com m e ça.» Si vous êtes calm e et déterminé, votre enfant entendra vos paroles et p a s uniquem ent votre ton agressif. D e même, si un parent se justifie trop, son m essage sera égalem ent noyé par son flot d 'e xp lica ­ tions. L'enfant peut en déduire q u e tout est négociable. Sans faire d e palabres; son parent peut lui dire qu'il le com prend. M ais maintenir trop longtem ps le dialogue pendant le cap rice est en général vain. À un m om ent donné, il est bon d'interrom pre la com m unication a ve c l'enfant qui, enferm é dans sa bulle, n 'e n te nd rien, pour la reprendre plus tard. Si c e dernier intériorise un discours clair et distillé aux m om ents opportuns d ès son plus jeune âge. Il vivra moins les injonctions qui lui sont fqites com m e des «ordres».

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=S> Lui apprendre à être responsable

M êm e si la notion d e «responsabilité» s'acq u ie rt pro­ gressivement, un parent peut introduire le m ot très tôt. Au lieu d e lui dire: «Fais un effort, sois sage, écoute la maîtresse», on affirme: «Moi, je t'envoie à l'école, je suis responsable d e toi, et toi, ta responsabilité, c 'e st d 'é co u te r la maîtresse». L'enfant est fier d 'être renvoyé à lui-même a ve c une notion d e respect: c 'e st sa déci­ sion et elle lui appartient. Il est e ncou ragé à être acteur et à s'impliquer. N'hésitez p as à présenter les situations sous l'a n gle le plus positif possible et en lui laissant des ouvertures. Par exem ple : «Si tu fais ton travail m ainte­ nant, après tu seras content, tu pourras prendre ton bain sans regarder l'heure !» Il est aussi plus juste et plus structurant pour un enfant d e le renvoyer à la règle sociale ch a q u e fois qu'elle s'im pose: «Le spectacle com m e n ce à telle heure pour tout le m onde. Si nous som m es en retard, on ne pourra p as rentrer dans la salle.» M ais rater la sé an ce le confronte aussi aux conséq uences d e ses actes. Il constate q ue la réalité et le discours d e son parent sont conform es et évitera d e se placer d ans une telle situation à l'avenir.

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-g> Patience et «self-control»

Savoir résister à une grosse colère nécessite b eau cou p d e maîtrise de soi et d e patience pour apporter à votre enfant la sécurité dont il a besoin dans ces moments-là. Le parent peut s'aider «à tenir» grâ ce à un dialogue intérieur, en se répétant que la crise passera. Il lui faut maî­ triser ses propres tensions pour cadrer l'enfant, quitte à avoir recours à la force pour stopper ses débordem ents. Le contenir physiquem ent en l'enserrant d e ses bras est im portant parce q ue ce la perm et d e conserver le co n ­ tact. Pour l'am ener à retrouver son calm e et aussi pour rétablir votre sérénité, mieux vaut l'isoler, en lui précisant que l'on viendra le chercher dans un petit moment. Un jeune enfant oublie vite les recom m andations q u 'o n lui a faites. Il est d a n s le tem ps présent et n'anticipe pas c e qu'il fera dem ain ou après-dem ain. Un parent doit par conséquent dire et redire les choses autant d e fois que nécessaire. Bien sûr, soum is au timing d e sa journée, il a bien du mal à ne p as s'im patienter lorsque son enfant b ou de ou traîne. Sans excès, c e com portem ent du parent n 'e st p as nocif: un enfant ap p rend alors qu'il y a des m om ents où il faut savoir s'adapter. Cependant, votre propre patience reste le meilleur exem ple pour votre enfant qui doit être guidé d ans cet apprentissage difficile et progressif pour lui.

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■4> Savoir se réconcilier

Après l'orage, c 'e st à l'adulte d e faire le premier pas. Tournez la p a ge : n'hésitez p as à vous livrer au bonheur du câlin qui ré-unit et à lui réaffirmer votre considération et votre confiance d e parent. Il est toujours souhaitable d 'e n ch aîn e r sur un projet positif, d e montrer à l'enfant qu'il y a un «après» au caprice, en lui proposant par exem ple d e jouer ensem ble à un jeu qu'il aim e parti­ culièrement. Tout c e qui e m p ê ch e d e ressasser du négatif et qui conserve d e la gaieté et d e l'entrain dans les relations qui vous unissent est à cultiver. O n peut aussi tenter d e le ram ener à ses repères: «O n va rentrer, d ans ta cham bre, tu vas pouvoir jouer a v e c ta pou pé e pré­ férée...» C 'e st aussi le m om ent d e faire a p p el à ses propres souvenirs d'enfant: «M oi aussi, un jour j'ai voulu q ue m a m am an m 'a ch è te une p ou p é e et elle n 'a pas voulu.» C ependant, si votre petit capricieux b ou d e encore, ne vous laissez p as décourager: octroyez-lui le droit d e ch a n ge r d 'a v is et persévérez. Certains enfants arrivent plus difficilement que d'autres à reprendre le cours d e la vie.

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- Les caprices auxquels on n'échappe pas =4> Il ne veut p as dorm ir

Lorsqu'un enfant ne trouve p as le sommeil parce qu'il est m alade, il a évidem m ent besoin que ses parents le réconfortent. Si vous a cce p te z qu'il dorm e d ans votre cham bre, il est préférable d e lui mettre un m atelas au pied d e votre lit pour éviter une trop grand e Intrusion dans votre intimité. Bien au ch a u d d ans le lit d e ses parents, un enfant risquerait d 'être tenté d 'y revenir souvent. D e plus, c 'e st aussi accord er b e a u co u p d 'im ­ portance au fait qu'il ne peut p as retrouver tout seul sa sécurité intérieure. M ais en général mieux vaut ne pas céder. Si une dispute éclate entre ses parents ou a ve c lui, ou bien si l'un d é ses parents rentre fatigué ou d e m auvaise humeur, il se peut q ue l'enfant fasse un gros cap rice a u m om ent du coucher. Il veut alors se venger ou vérifier que ce s derniers sont suffisamment vaillants pour s'o c c u p e r d e lui. En période oedipienne, au m om ent où l'enfant est «am oureux» du parent du sexe op p osé au sien, il ne dort p as pour mieux les surveiller et veut les séparer: «M ais q ue font-ils sans m oi?», se demande-t-il. Il faut alors lui faire com prendre q ue les parents ont des besoins différents d e ceux des enfants: «La journée,

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tu sais que je m 'o c c u p e d e toi. M ais le soir tu dois dor­ mir. C 'e st l'heure des parents et nous avons besoin de passer du tem ps ensem ble.» Bien sûr, votre enfant v a revenir dix fois à la charge. M ais lui répéter votre posi­ tion, le raccom p agne r d ans sa cham bre et fermer votre propre porte sont des gestes d'autorité qui auront rai­ son d e son entêtement. Alors qu'il prend d e l'autonom ie et intériorise peu à peu des interdits, il cum ule souvent «son Œ dipe» a v e c des peurs com m e celle du noir. Il a besoin d e puiser plus d 'assu ran ce en lui. Il est bon d e laisser se mettre en p la ce d e nouveaux rituels sécurisants qui l'aid ent à trouver le sommeil. Par exemple, en plus d e l'histoire du soir, on peut Installer une veilleuse ou lui permettre d e conserver sa porte entrouverte en laissant la lumière du couloir allumée. Autorisez-le, éventuellement, à jouer un peu, m ais sans bruit. *4> Il ne veut p a s se laver

Trop occu p é à jouer dans sa cham bre, votre enfant n 'a pas envie d'aller prendre son bain. Il est bon d e lui don­ ner un délai et de s 'y tenir: «Tu peux jouer dix minutes encore, le tem ps que je range ta cham bre, et après tu iras te laver.» Essayez d'être souple ou d e le stimuler sans faire l'im passe sur sa toilette. «Tu prendras vite ton bain,

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ce soir, car ton p a p a va rentrer plus tôt.» Jouez aussi sur son côté narcissique: au sortir du bain, mettez-le devant le miroir, faites-lui remarquer qu'il sent bon, coiffez-le, mettez-lui du gel. M ais il peut aussi avoir envie d e se laver tout seul: accom pagnez-le discrètement, les premiers temps. Plus tard, à 5 ou 6 ans, il fera peut-être une scène phéno­ m énale parce que la porte d e la salle d e bains est restée ouverte. Il faudra alors savoir respecter sa dem ande: votre enfant grandit et délimite désorm ais les frontières de son intimité. Un enfant peut aussi développer des peurs passagères. Acceptez-les et essayez d 'e n identifier les causes pour l'aider à les surmonter. Par exem ple : il a glissé dans son bain et craint de retomber ou, encore, l'eau était trop ch au d e ou trop froide... Se servir d 'u n joli gant ou d 'u n petit arrosoir, mettre très peu d 'e a u dans la bai­ gnoire, lui lire une histoire qui aborde c e thème, évoquer les jeux du bain et chanter, faire une toilette «au lavabo des parents»: ces gestes feront s'atténuer sa peur et parallèlement les caprices qu'elle suscite. Prononcez des mots rassurants et faites-lui com prendre que se laver est une règle à respecter par tous pour des raisons d 'h y ­ giène. Quitte à ce que cela «m arche» si bien... qu'il finisse par ne plus vouloir sortir d e l'eau ! Là aussi, une jolie serviette et la promesse d e cabrioles sur le lit peuvent le décider à cesser rapidem ent ses velléités d e caprice. 107

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■=§> Il ne veut p a s s'habiller

Julien a d é cid é q u 'il ne mettrait p a s ses tennis. M ais son père a trouvé une astuce pour le faire ch a n ge r d 'avis. Il lui fait rem arquer que ses propres chaussures sont presque pareilles q u e les siennes. C h a q u e fois q u 'u n parent arrive à inventer d es réponses qui ne culpabilisent ni son enfant ni lui-même, le bénéfice est total pour tous. Pour un e n fan t s'habiller représente souvent une contrainte im posée par ses parents et il est normal qu'il s'y oppose. Il est aussi un âge, vers 5 ou 6 ans, où les enfants refusent q u 'o n choisisse leurs vêtem ents à leur place. Très jeune, un bout d e chou peut préparer ses habits a ve c son parent. Plus tôt on l'incite à se respon­ sabiliser, plus on lui donne conscience qu'il a des com ­ pétences. Bien sûr, pour aller plus vite, on est tenté d e l'aider à s'habiller, m êm e q u an d il veut le faire tout seul. M ais cela ne l'am è ne p as à avoir confiance en ses cap acité s et du co u p sa tend ance aux caprices ne flé­ chit pas. Lancez un pari: qui sera prêt le prem ier? Laissez-lul une ch a n ce d e ga gn e r et donnez-lui envie de renouveler son exploit. Dites-lul votre fierté d e savoir qu'il s'est habillé avant vous pour l'arrivée d e ses grandsparents, par exemple. Finalement, vous serez arrivé à vos fins d ans la bonne hum eur en évitant un orage !

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Il ne veut p a s m anger

Votre enfant boude devant son assiette. Bien sûr, s'il ne se sent pas bien, il est inutile d'insister. M ais en général un enfant rejette un plat pour bien d'autres raisons. S'il s'est brûlé a ve c un bout d e tarte, il en gard e un m auvais sou­ venir et repousse les préparations qui lui rappellent cette aventure. Autre éventualité: com m ent pourrait-il m an­ ger du poisson alors que son père ne ca c h e pas son d égoû t pour c e p la t? Le m anque d e motivation par rapport à la nouveauté ou la peur d e l'inconnu consti­ tuent souvent des blocages. Le goût, l'odeur, la consis­ tance, la cuisson, la présentation ou la couleur d 'u n plat: tout cela peut jouer. Parfois aussi, l'enfant est influencé par les plaisanteries d e ses cam arades: le gratin com ­ paré à du « c a c a boudin» ne met pas en appétit. L'idée très répandue q u 'u n enfant qui m ange bien va bien fait égalem ent des ravages. C e dernier saisit vite l'enjeu q ue peuvent représenter les repas pour une mère angoissée et peut en profiter pour tenter d e prendre le pouvoir. Il est im portant d e ne p as ch a n ge r le m enu pour répondre à un désir récurrent d e frites ou d e pizza, m êm e si ce la rassure d e savoir que son enfant n 'a p a s le ventre vide. C 'e st le rôle des parents d e veiller à c e que les m enus soient autant q ue possible équilibrés. Il faut qu'il sach e qu'il n 'e st p as grave d e ne

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p as aim er un alim ent et qu'il soit valorisé ch a q u e fois qu'il fait l'effort d e goûter. Ne vous laissez p as d écoura­ ger par un premier refus et ne le dém otivez p a s en vous exclam ant: «C'esttoujours pareil, tu n 'a s rien m angé!» Tentez plutôt d e réintroduire plus tard l'alim ent mal aim é sous une autre forme. La vieille m éthode qui consiste à jouer à la cuillère avion ou à faire diversion suffit parfois à convaincre les plus jeunes. Pensez à rendre ludiques les plats que vous lui proposez: un circuit d e voiture d ans la purée, une m aison d e légum es dont on croque le toit... Des m orceaux de carottes crues, des petites tom ates ou des bâtons de concom bre peuvent lui donner la sensation d e piqueniquer. Laissez-le tout au plaisir d e se servir lui-même, d e choisir l'assiette qui lui plaît, éventuellem ent d e faire un peu gicler la nourriture... Des idées, rapides et simples à réaliser, éloignent parfois bien des nuages. Il ne m ange pas d e fruits? Proposez-lui des jus d e fruits a v e c des pailles rigolotes. Préparez ensemble, d e tem ps à autre, le repas et confiez-lui une petite tâch e à m ener à bien. Jouez la carte d e l'hum our: «Q uand j'étais petite, on m e disait que les carottes donnaient les fesses roses, q u 'e st-ce q ue tu en p e n se s?» N'oubliez p as aussi q u 'à table, un enfant s'im patiente vite. Son rythme n'est pas celui d 'u n e grande personne. S'il n 'a pas suffisamment no

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faim et qu'il a la bougeotte, autant lui permettre d e m anger un plat puis d e revenir pour le dessert. =f> Il veut ce jouet

«M am an, achète-m oi c e cam ion!» Il est difficile pour un enfant d e résister au jouet qu'il convoite, d 'a u ta n t plus qu'il a souvent été alléché par la publicité qui en est faite à la télévision. Par ailleurs, tout est fait pour convaincre le parent q u 'il sera un bon parent s'il l'éveille a u maxim um grâ c e à toutes sortes d e jouets colorés. Lorsqu'il souhaite obtenir le robot ou la pou­ pée qui lui plaît d ans la minute qui suit, il est pourtant nécessaire d 'être ferme, en particulier s'il va ju sq u 'à dissimuler l'objet d e son désir d ans sa poche... Il est im portant d e l'aider à sortir d e son sentim ent d e toutepuissance. Il faut lui répéter qu'il ne peut p as tout pos­ séder et q u e ses parents n 'o n t p a s à satisfaire tous ses désirs. D ans les m om ents d 'apaisem ent, on peut éven­ tuellem ent lui proposer une com pensation - «Je vais t'ach e te r c e jeu que je t'avais promis» -, m ais surtout en profiter pour lui enseigner la valeur d e l'argent et lui expliquer com m ent on le gagne . J u sq u 'à 3 ou 4 ans, on peut aussi tenter d e faire diversion en attirant son attention sur autre chose.

ni

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Il refuse de dire «bonjour» ou «m erci»

Rien ne sert d'insister s'il s'entête à ne dire ni «merci» ni «bonjour»: au quotidien, votre exem ple finira par porter ses fruits. Pensez plutôt à lui expliquer ie m onde des grands, à lui montrer qu'il en fera un peu partie s'il se prête au jeu. Pour com prendre le sens d e ces mots d e tous les jours, il a sans doute besoin q u 'o n lui raconte la valeur universelle des bonnes m anières chez tous les peuples d e la planète. Ainsi, pour se dire bonjour, les Eskimos se frottent le nez alors q ue les Japonais se courbent par res­ p ect pour leur hôte. Il est bon d e faire com prendre à un enfant q u 'u n e formule d e politesse est bien autre chose q u 'u n e obligation sociale: dire «bonjour», c 'e st aussi le plaisir d e com m uniquer a v e c les autres et d e se souhai­ ter réciproquem ent d e bien dém arrer la journée. Et pourquoi ne p as jouer à «Im aginons un m onde où on ne dit jam ais bonjour» pour qu'il réalise à quel point les rela­ tions hum aines seraient alors tristes et sans ch a le u r? =2> Il v o u s interrom pt

À peine avez-vous répondu au téléphone qu'il trouve le m oyen d e vous réclam er sur un ton d e plus en plus insis­ tant d e l'aider ou d e jouer a v e c lui. Il est indispensable d e faire acte d'autorité et d e lui dem ander d e ne pas vous interrompre. Il faut qu'il com prenne que vous n'êtes

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p as à sa disposition à la minute où il ie souhaiterait. Vous pouvez aussi mettre à côté d e votre propre téléphone un téléphone jouet pour qu'il puisse vous imiter quand vous répondez. Si vous parlez longuem ent a ve c une am ie dans la rue et qu'il se m et à vouloir attirer votre attention, n'oubliez p as q u 'o n ne peut p as dem ander à un tout-petit d e faire preuve d e trop d e patience. Il vaut d o n c mieux savoir écourter sa conversation si cela est possible avant qu'il n 'ait l'impression qu'elle s'éternise et qu'il ne s'enferm e d a va n ta ge dans son caprice. =S> Il ne veut p a s attacher sa ceinture

L'enfant doit com prendre que c 'e st la responsabilité de son parent d'ap p liq uer la loi et d e la lui faire respecter. Un père ou une mère n 'a pas à se perdre dans de longues explications, au m êm e titre que iorsqu'il s'a git d e donner la main pour traverser, d e faire ses devoirs ou d e prendre des m édicam ents. C 'e st la règle, un point c 'e st tout. Elle est valable pour tous et n'est pas n égo­ ciable : il faut attacher sa ceinture en voiture, tout en pré­ cisant à l'enfant que sa sécurité est en jeu. D'ailleurs, si on lui explique en quelques mots et le plus tôt possible cette loi, il l'a cce p te et l'intériorise com m e quelque chose d e normal m êm e si cela ne lui plaît pas. Conforta­ blement installé ave c son doudou, face à une tablette et

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quelques jeux il sera plus enclin à rester calme. Il est utile d e prévoir une histoire ou un jeu pour ne p as rester sur son refus et l'intéresser à bien autre chose q u 'à sa ceinture qui le dérange. En voyage, il est évident que des arrêts fréquents sont les bienvenus pour qu'il se dégourdisse les jam bes et qu'il retrouve sa liberté d e m ouvem ent.

U Que répondre à ses reproches ou à ses réflexions? «Tu es m échante», «Et puis d 'a b o rd tu es m oche», «Je t'aim e plus»... Lorsqu'un enfant lance ces reproches, il projette son agressivité et anticipe le désam our d e l'autre: il a peur q u 'o n lui dise qu'il est lui-même m échant. Il essaie d e culpabiliser son parent et d e le dévaloriser car il a subi une frustration. Il sait aussi que dire «Je t'aim e plus» constitue une punition suprêm e pour un parent. Montrez-lui que de votre côté le dialogue et la confiance sont conservés: «Tu penses m aintenant que je suis m échante parce que tu es en colère, mais, moi, je sais bien q ue tu ne penseras p as cela pour tou­ jours. Je t'aim e m êm e si c e que tu fais n'est p as correct. » Un enfant se sent toujours en concurrence a v e c ses pairs. Il ne rate p as une occasion pour l'exprimer:

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«Pourquoi c 'e st jam ais à moi que tu achètes quelque c h o se ?» Il a parfois la sensation qu'il est moins aim é que ses frères et soeurs m êm e lorsque rien ne justifie cette impression. L'enfant qui ressent c e déséquilibre à ses dépens ne développe p a s une bonne estime d e luimême. Il est alors im portant d e lui dem ander pourquoi il se sent moins chéri que les autres et d e prendre le tem ps d 'e n reparler plus tard. Si votre enfant exprime le besoin d e se com parer à un autre, frère, soeur ou ca m a ­ rade: «Est-ce que je suis aussi capricieux q ue lui?», il faut plutôt entendre: «Est-ce q ue je com pte a u ta n t?» Il cherche ainsi à ce que vous le rassuriez sur sa place, son identité et sa singularité au sein d e sa famille.

¿s Se poser les bonnes questions Parfois, on ne sait vraim ent p as pourquoi il fait un caprice. O n peut alors tenter d 'élab orer des hypo­ thèses. Est-ce qu'il a eu p e u r? Est-il fa tigu é ? Q u'estce qui s'est passé aujourd'hui, dans sa journ é e? A-t-il suffisamment d orm i? Est-ce qu'il a vu à la télévision ou à l'é cole une cassette qui l'a im pressionné? Il se peut qu'il ne veuille pas répondre lorsqu'on le questionne parce q u 'u n enfant n'aim e p as être dévoilé. Il a honte,

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il ressent d e la pudeur ou d e la jalousie, il a été déstabi­ lisé par des changem ents dans son environnem ent ou il a entendu ses parents raconter que les va c a n c e s étalent différées ou q u 'u n projet n'aboutirait pas. En lui disant q u 'o n a rem arqué q ue quelque chose n'allait p as et en faisant d es hypothèses à sa place, on lui montre q u 'o n ne le laisse p as seul a v e c sa honte et son sentiment d e dévalorisation. Il peut aussi y avoir une rai­ son à son cap rice qui le renvoie à autre chose. Par exemple, une bagarre a v e c son frère lui rappelle une autre dispute a v e c un cop ain : ce la réveille une ém o­ tion et le fragilise, c e qui l'a m è n e à se montrer capri­ cieux. Cependant, les parents ne peuvent p as tout com prendre, tout d e suite. Si l'o n constate q ue son enfant n 'a p a s envie d e parler, mieux vaut lui proposer d e le faire plus tard et éventuellem ent le rassurer: «Tu as peut-être entendu q ue je m e disputais fort a v e c ta m ère mais toi, tu n 'y es pour rien.»

Si Des atouts en poche Éduquer un enfant et affronter ses crises, c e n 'e st p as une chose facile. Les parents ressentent des périodes d e solitude et d e découragem ent. Ils com m ettent

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Dompter les caprices sans les étouffer

im m anquablem ent des erreurs. Ils peuvent seulem ent tendre à être «suffisamment bons» pour reprendre la formule du pédiatre D onald W. Wlnnlcott. Être parents ensem ble et savoir faire le point à deux, avoir un dialogue et un discours cohérent, écouter ses intuitions, cultiver le bon sens sont autant d'atouts pour faire face aux scènes d e ses enfants. Les é ch an ge s d'expériences entre parents et leurs lectures permettent à ch acu n d e s'enrichir. Cependant, un père ou une mère est parfois confronté aux pièges d e la vulgarisation à outrance et d e la professionnalisation d e son rôle. Or, un parent est son propre chercheur. C e qui lui correspond ne correspond pas forcém ent à un autre. Un parent est ap te à inventer ses propres réponses ca r il connaît son enfant mieux que personne, et c e dernier lui donne toute sa confiance et son amour. Il est bon d e faire a p p el à l'im aginaire e t au ludique, en mettant en scène ses idées ou en s'inspirant d e celles des autres. L'essentiel reste d e s'autoriser à se remettre en question et surtout d'être à l'écoute d e son enfant, d e soi et d e son conjoint autant q ue possible. En particulier lorsque les parents sont séparés, respecter la part d e père ou d e mère que porte son enfant est une priorité. Un parent qui refuse l'am algam e et fait attention aux mots qu'il em ploie a va n c e a ve c b e a u co u p plus d'assurance.

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C'est pas bientôt fini ce caprice ?

^essentiel Un parent doit absolument exercer son autorité, c ’est-à-dire savoir dire «non» de manière cohérente et dans le respect de ia personne de l’enfant. li est important d ’énoncer un m essage clair sur un ton ferme à un enfant qui fait un caprice et de lui faire comprendre très tôt qu’il a des responsabilités. S

La patience du parent sécurise l’enfant.

xi Certains caprices nécessitent des réponses adaptées à leurs causes, d ’autres amènent le parent à rappeler que la règle s’applique à tous et est non négociable. ; Il est bon de relativiser ses reproches et d ’y répondre en réaffirmant sa confiance à son égard. i'T On peut élaborer des hypothèses pour comprendre les raisons de son caprice. L’écoute des parents et leur bon sens sont des atouts clés.

Prévenir les caprices Pour em pêcher bien d es tem pêtes, il e st précieux d'utiliser les m ots qui responsabilisent de donner les encouragem ents qui rendent fier d e soi et faire des jeux qui apprennent la patience.

Ш Anticiper la crise Énoncer c e q u e l'o n v a faire et l'ordre d a n s lequel on va l'effectuer d on ne à un enfant d es points d e repère et perm et d 'é v ite r d e s m alentend us sus­ ceptibles d e provoquer d es caprices. Par exem ple: «N ous allons faire des courses, je ne t'ach è te ra i rien, puis nous irons au square» ou «Tu fais deux tours d e m anège, p a s plus» sont d e s phrases qui fixent les règles d 'em blée. D e m êm e, lorsqu'on a plusieurs enfants en b as âge, on peut anticiper en les pré­ venant q u 'a u jo u rd 'h u i seul l'u n d 'e n tre eux se verra

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acheter un n ouveau cam ion pour rem placer celui q u 'o n lui a cassé. Un parent peut éviter bien des scènes inutiles en ayant une stratégie d u déroulem ent d e la journée. Par exem ple: ne p as se lever à une heure trop juste pour aller à l'é co le ou préparer la veille a ve c son bout d e chou les vêtem ents du lendem ain. Il est im portant d e le préparer à des changem ents: un d ém énagem ent ou une nouvelle nounou. L'enfant a besoin d e savoir à quoi s'attendre pour ne p as alim en­ ter inutilement des angoisses, sources d e caprices. O n peut lui rappeler qu'il a déjà fait com m e ç a et que cela s'e st bien passé. O n lui montre ainsi qu'il est une per­ sonne a v e c déjà b e a u co u p d e com p étences et d 'in ­ formations em m agasinées en mémoire. Une fois au superm arché par exemple, donnez-lui la liberté d e faire tout seul un certain nom bre d e choses, com m e aller chercher une boite d e m aïs ou un paq uet d e riz. Il se voit ainsi octroyer d e petites responsabilités qui le valo­ risent... Plus un parent s'entraîne à anticiper a v e c un état d'esprit positif et ouvert vis-à-vis d e son enfant, plus cela devient facile et valorisant pour lui puisqu'il voit s'atténuer ses caprices.

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Prévenir les caprices

&? Echanger et dialoguer Il est im portant d e s'entraîner à verbaliser a v e c son enfant et à choisir les m ots justes pour nourrir la con fian ce réciproque qui vous lie, c e qui le rend encore plus réceptif à vos propos a u m om ent d e ses crises. À l'instar d e son caprice, jam ais le m êm e p a rce q u 'il d é p e n d du contexte et d e l'instant où il survient, la relation entre vous et votre enfant n 'e st identique à a u cu n e autre. D ans la rue, à la télévision, d a n s les livres, les o cca sio n s d 'o b se rve r et d 'é c h a n g e r sur c e q u e l'o n voit ou entend sont nom breuses. Un enfant traverse im prudem m ent la rue. Un autre veut absolu­ m ent q u 'o n lui a ch è te une glace. C e la peut être l'o c ­ casion d e solliciter son avis, d e reparler d es règles d e vie en société, d e la responsabilité qui incom be à ses parents et d e ses propres ca p rice s en term es positifs: «Souviens-tol, c e caprice-là, tu as pu le dépasser. Tu y arriveras encore. J 'a i co n fia n ce en toi.» En discutant a v e c son parent, l'enfant réalise aussi q ue c e n 'e st p a s toujours l'ad u lte qui sait tout et q u 'il peut aussi apprendre d 'u n petit. D ans des m om ents d e tranquillité, l'e n cou rage r à par­ ler d e sa jalousie à l'é ga rd d e ses frères et sœ urs lui d on ne le sentim ent qu'il est reconnu com m e enfant et

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qu'il n 'e st p as seulem ent «celui qui est envieux» des autres. N'hésitez p as à lui dire com bien vous avez plai­ sir à le voir s'o c c u p e r tout seul ou à jouer calm em ent a v e c les autres. Il est sain q ue ch a cu n dans la famille fasse part d e ses ém otions et com prenne q u e per­ sonne n 'e st à l'ab ri d'erreurs et q u 'il y a forcém ent des allers-retours entre bons et m auvais moments. Il est im portant d e le faire participer à des projets familiaux m ais aussi d e faire référence à sa propre histoire pour susciter le dialogue. Feuilleter des photos d e famille ensem ble, c 'e st essentiel. C 'e st une m anière d e faire diversion, d 'é c h a n g e r m ais aussi d e retrouver après la tem pête calm e, gaieté et com plicité. «C om m e toi, je faisais des ca p rice s et m a m ère était parfois obligée d e m e punir. O n d em andera à ton p a p a si lui aussi a fait d es ca p rices et s'il recevait des tapes.» Par ce s confidences, l'enfant voit ainsi que son parent a été petit lui aussi, q u 'il a fait des caprices, q u 'il a désobéi, q u 'il a aussi vé cu des m om ents péni­ bles a v e c ses frères et soeurs et q u e ce la l'a justem ent am en é à préférer cultiver l'a gré a b le . Les grandsparents peuvent eux aussi parler d e leur é p o q u e et évoquer toutes les a n e cd o te s qui ont entouré leurs propres caprices. Les scènes d e vos enfants ont toutes les c h a n ce s d e s'a d o u c ir si c e clim at d e d ialogu e est

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Prévenir les caprices

entretenu. S 'a m é n a g e r du tem ps ou d es sorties en famille est profitable à tous si l'o n s'a c c o rd e soi-m êm e des p la ge s d e respiration pour recharger ses batteries.

Le jeu comme allié Le jeu et le plaisir qui lui est associé aident un enfant à surm onter bien d es frustrations. O n peut lui lire une histoire qui parle d e ca p rice ou q u 'il aim e particulière­ ment. En le faisant réagir sur les im ages ou en lui d em an d ant d e dessiner par exem ple la tête du ga r­ ço n q u 'il a vu faire une colère d a n s un m agasin, ses parents l'e n co u rage n t à extérioriser ses propres ém o­ tions et à passer à autre chose. Le fait d 'e n rire ensem ble ou d e faire d es petits jeux m êm e un court m om ent perm et égalem ent d e prendre d e la dis­ tance. D es grim aces d ans la glace, d es jeux d e mime, jouer à être un p erson n age q u 'il a choisi pour lui et pour vous - «Tu fais la d a m e qui sourit puis se fâche, je fais le petit ga rço n qui n 'e st p as content ou qui rit» - le font goûter a u plaisir d e décider, d e dom iner ou d e mettre en scè ne ses frustrations. Les jeux d e société sont aussi d 'u n précieux recours. Ils dévelop p ent la patience et lui ap prennent les règles

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et les limites: attendre son tour, ne p a s tricher, respec­ ter ses partenaires et réussir à jouer tous ensem ble. Jouer au jeu d e l'oie ou aux petits chevaux, par exem ple, im plique q u 'u n enfant fasse preuve d e souplesse et q u 'il ne reste p a s figé sur ses revendi­ cations. C e s qualités d 'a d a p ta tion , qu'il d évelop p e sans s'e n rendre com pte, l'arm ent contre sa volonté soudaine d 'ob te n ir tout d e suite c e q u 'il désire. D e tem ps à autre, ch a n ge r les règles pour les rendre plus accessibles aux plus jeunes ou les laisser g a g n e r stimule leur envie d e recom m encer par plaisir et non par dépit. Les jeux d 'e a u ont égalem ent des vertus insoupçonnées. Laissez-les transvaser l'e a u ou faire barboter leurs jouets d ans l'évier: ce la les ap a ise et leur a p p re n d à réparer les d é gâ ts après co u p a v e c votre aide. Certaines activités, com m e l'éveil musical, favorisent particulièrem ent leur sens d e l'écoute. Le sport l'a id e aussi à rendre ses pensées plus positives et à s'ouvrir à d es valeurs essentielles telles q u e le respect d'autrui ou la solidarité. En pratiquant le judo par exem ple, Il réa­ lise q u e le grand qui fait équipe a v e c lui doit contrôler sa force et q u 'il n 'e st p a s là q u e pour l'écraser. En prim e: l'e n fan t libère son énergie et ressent une fatigue physique saine et un besoin d e repos.

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Prévenir les caprices

Il reste essentiel d e lui montrer que le plaisir n'est pas qu'im m édiat mais qu'il est aussi très bon d e savoir attendre. Il découvre que préparer procure aussi d e l'excitation. Les gâteaux faits a v e c sa m ère et m angés en famille le soir lui vaudront sans doute des com pli­ ments! Tous ces petits m om ents d e la vie sont précieux parce qu'ils lui donnent le goû t d e l'effort et dévelop­ pent le sentiment d e sa com pétence.

Encourager au maximum son enfant Plutôt q ue d'insister sur c e qui ne v a pas, dédram atisez et soulignez tout c e q u 'il fait d e bien et qui vous fait plaisir. Il a su attendre, il s'e st m ontré responsable; il faut absolum ent dire et montrer sa satisfaction et sa fierté d e le voir grandir en le félicitant; «Je sais q u e tu es c a p a b le d e le faire, q u e tu peux y arriver. » M êm e si le résultat n 'e st p a s totalem ent à la hauteur d e vos attentes, sach ez valoriser ses efforts. Montrez-lui qu'il est c a p a b le d e ch a n ge r et d e restaurer une bonne Im age d e lui-même. A cce p te z qu'il se trom pe ou qu'il fasse m oins bien : « L'im portant c 'e st q ue tu as essayé. » Encouragez votre enfant à faire par lui-même en lui d onnant une m arge d e m anoeuvre : il doit faire son

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travail scolaire m ais il peut d écid er s'il le fera a van t ou après le bain. D e tem ps en tem ps, apportez une petite touche festive pour récom penser son com portem ent positif: «Je te fais c e petit c a d e a u ca r j'a i rem arqué q ue tu fais d e m oins en m oins d e ca p rice s au super­ m arché.» Lorsqu'il n 'y a p as eu d e d e m a n d e expresse d e sa part, une surprise q ue vous lui avez exception­ nellem ent préparée éclaire son visa ge d 'u n sourire radieux. Il est fier d e vous avoir fait plaisir et d 'a v o ir été m oins capricieux.

I^ se n ti^ f i Pour prévenir ses caprices, on peut parler à son enfant du déroulement de la journée, lui confier de petites responsabilités et le valoriser en tant que personne qui a des compétences. ë Prendre l’habitude d ’é ch a n g e r de s m om ents de complicité, d e parler des émotions d e ch acu n et de regarder des photos redonne des repères à l’enfant et ravive le clim at de gaieté indispensable à son éducation.

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Prévenir les caprices

№ Par des jeux, sports ou activités, le parent l’aide à acquérir certaines valeurs pour mieux vivre son im pa­ tience et ses émotions soudaines. îïï Encourager la manière positive dont il se comporte lui montre q u ’il est c a p a b le de changer et l’aide à se délester de ses caprices.

Conclusion Pour contrôler ses pulsions et apprendre à renoncer à sa toute-puissance, votre enfant a besoin d e temps. Votre autorité, votre é coute et votre patie n ce sont essentielles. Le chem in vers un peu plus d e maturité est toujours fait d e régressions, d 'alle rs et retours. Un enfant tâtonne pour exécuter les p a s qui lui per­ m ettent d e grandir. Sous votre regard bienveillant, m ais d a n s le ca d re d e limites ou d'interdits q u e vous lui fixez, il doit progressivem ent a cce p te r et intérioriser la frustration com m e un élém ent d e la vie. Il d é ve ­ loppe ainsi sa ca p a c ité d 'a d a p ta tio n aux im prévus d e l'existence. Les parents sont bien m ieux arm és qu'ils ne le pensent pour aider leur enfant à franchir ce s é ta p es et lui per­ mettre d e sortir d e «la période d e s caprices», il est essentiel q u'ils retrouvent con fian ce d a n s la nécessité d 'e xe rce r leur autorité a v e c bon sens, sans excès ou insuffisance. C onscien ts d e la singularité d e leur enfant, unique, aîné, c a d e t ou dernier, et d e l'im por­ ta n ce d e le responsabiliser en fonction d e son â g e et d e ses cap acité s, les parents sont alors leurs propres

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C'est pas bientôt fini ce caprice ?

chercheurs.

Pour c h a q u e

enfant,

pour

chaque

caprice, ils se donnent ainsi les m oyens d'inventer des «recettes m aison» efficaces et uniques.

Bibliographie D 'A lla n c é M.,

Grosse colère, L'École d es loisirs, coll.

« Lutin p o ch e », 2000. B ru n elet M.,

J'apprends à dire oui, Fleurus, coll. « Premiers

mots d e la vie », 2001. D o lto -T o litc h C.,

Les Colères, Gallim ard Jeunesse, coll.

« M ine d e rien/GIboulées », 1997. G ir e l T. et G ir e l S.,

Moi je boude, G autier Languereau,

2003. L év y D. et T u rrier F.,

L'Imagier des sentiments de Félix,

Nathan, 2004. P etz M. et J ackovsky A.,

De mauvais poil, Nord-Sud, 2004.

131

Table In tro d u c tio n ...............................................

7

? U n e m a u v a ise ré p u ta tio n ....................... Des manifestations explosives....................... Dresser pour é d u q u e r................................ Des a van cée s mal interprétées.................... Vrais ou faux c a p ric e s?............................... Rien d e grave, docteur ? ............................. L’e sse n tie l...............................................

9 9 11 12 14 16 18

S D e s é ta p e s d é s ...................................... Pas à pas vers l'autonom ie.......................... Il com m ence à p a rle r................................ L'entrée à l'é cole m aternelle....................... Am oureuse d e pap a, am oureux d e m am an .... Son identité sexuelle s'e x p rim e .................... Retour au c a lm e ...................................... L’e sse n tie l...............................................

19 19 23 25 28 30 31 32

â M a is p o u rq u o i to u te s c e s s c è n e s ? ........... Inégaux face aux cap rices..........................

35 35

133

Il se sent tout-puissant................................ Il se sent frustré............... .......................... Il cherche des repères................................ « Papa, m am an, j'existe !»............................ Il se «venge» ou il ne voit p as d'autre issu e ..... Peurs, lubies et p u d e u r............................... Il est épuisé ou il a un c h a g r in ...................... L’e sse n tie l...............................................

37 38 40 41 44 45 47 49

, Entre frè re s e t s œ u r s ............................... À ch a cu n sa p la c e ................................... Pas évident d'être le plus g r a n d ................... Le cadet: ni petit ni g r a n d .......................... Le petit dernier: «chouchou d e la fam ille»..... L’e sse n tie l...............................................

51 51 54 57 58 60

y C e q u i s e jo u e cô té p a r e n t s .................... Histoires fam iliales....... .............................. Sous le regard des a u tre s......................... L’e sse n tie l...............................................

ôi 61 69 77

; Le s p iè g e s à é v ite r.................................. F ra p p e r.................................................. C é d e r..................................................... M e n a ce s et ch an tage s .............................

79 79 83 86

134

Bonnes ou m auvaises punitions.................... Indifférence et dédain ............................... Les petites phrases qui n'arrangent rien.......... L’e sse n tie l...............................................

88 92 94 97

O D o m p te r le s c a p ric e s s a n s le s é tou ffe r..... Les com portem ents a d a p té s....................... Les caprices auxquels on n 'é c h a p p e p a s....... Q u e répondre à ses reproches ou à ses réflexions ? ................................... Se poser les bonnes q u e stio n s...................... Des atouts en p o c h e .................................. L’e sse n tie l...............................................

99 99 105

£s P ré ve n ir le s c a p r ic e s ............................... Anticiper la crise........................................ Échanger et d ia lo g u e r............................... Le jeu com m e allié..................................... Encourager au maximum son e n fa n t............. L’e sse n tie l...............................................

119 119 121 123 125 126

C o n c lu s io n ................................................. B ib lio g ra p h ie ..............................................

129 131

114 115 116 118

C o n ce p tio n gra p h iq ue e t réalisation : Louise Daniel, im presslonCPI Firmin D id o i janvier 2013 à Mesnil-sur-i'Estrée (Eure) Éditions Albin M ichel 22, rue H uyghens, 75014 Paris www. aibin-m ichel. fr ISB N : 978-2-226-15556-6 № d'édition: 15567f 06 - № d'im pression: 116005 D é p ô t iégal: janvier 2005. Im prim é en France.

C ’est la vie aussi

I

l n’y a pas d’enfance sans caprices. Mais les parents, eux, s’en passeraient bien ! Et pourtant, ils sont indispensables et constituent une étape dans le développement de l’enfant. Ce livre fait le point sur tout ce qu’il faut savoir pour calmer les caprices et les colères. Il répond à toutes les interrogations sur ce sujet... très bruyant ! • • • • • • • •

À quoi servent les caprices ? Pourquoi sont-ils aussi éprouvants ? Comment distinguer une colère d’un gros chagrin ? Comment réagir aux caprices en public ? Quelles sont les attitudes à éviter ? Comment dompter un caprice ? Quels sont les caprices auxquels on n’échappera pas ? Comment anticiper les crises ?...

Christine Brunet, psychologue clinicienne et psychothérapeute, est l’auteur de Petits tracas et gros soucis de 1 à 7 ans et de 8 à 12 ans. Nadia Benlakhel est journaliste.

Couverture : Bruno Douin Illustration : Zaü

60 1013 6 ISBN .978-2-226-15556-6

8 € TTC

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